Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/695

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matériaux réfractaires se trouve portée à la température rouge. Alors on intercepte le courant de feu en fermant les tubulures d’accès, et l’on fait pénétrer dans le calorifère, par le côté opposé, le vent des machines, qui s’y échauffe jusqu’à 700 ou 750 degrés, avant d’arriver au fourneau. A mesure que le passage du vent se prolonge, la température des briques s’abaisse peu à peu ; mais avant qu’elles soient complètement refroidies, on arrête le passage du vent et l’on recommence à chauffer les briques. Il est clair que, pour fournir un courant continu de vent chaud, il faut au moins deux appareils qui fonctionnent à tour de rôle. L’usage de ces appareils a permis de réaliser des économies de combustible qui varient suivant la nature des minerais employés et celle de la fonte que l’on veut obtenir. Ainsi la fonte grise s’obtient maintenant en traitant des minerais de richesse moyenne (40 à 50 pour 100) avec une consommation de coke d’environ 1,000 kilogr. Par tonne de fonte, tandis qu’avec les calorifères de fonte on dépensait 1,300 kilogr., et qu’avec du vent froid on dépasserait sans doute 1,800 kilogr. Vers 1830, on consommait encore, dans la vallée de la Clyde, jusqu’à 4 tonnes de coke par tonne de fonte. — L’apparition du combustible minéral était venue jadis mettre un terme au gaspillage du bois et à la destruction des forêts, que de nombreux édits n’avaient pu arrêter : du même coup, l’industrie du fer quittait ses lisières, Maintenant la découverte de moyens de chauffage de plus en plus économiques éloigne de nous le jour fatal de l’épuisement des houillères, et la production du fer augmente à mesure que les frais diminuent.

Au temps où, pour 1 tonne de fer, on consommait de 6 à 7 tonnes de houille et seulement 3 ou 4 tonnes de minerai, il était passé en axiome parmi les maîtres de forges qu’il fallait apporter le minerai au combustible et, par suite, établir les usines sur les bassins houillers. « C’était classique, dit M. Jordan, et il n’était pas possible de s’écarter de la règle sans s’exposer aux prédictions les plus sinistres. » Aujourd’hui les conditions sont bien changées. Sans doute nous voyons encore nos excellens minerais algériens (fers magnétiques de Mokia-el-Hadid, hématites brunes de là Tafna) traverser la Méditerranée et arriver par rails jusqu’au Creusot, ou bien passer le détroit de Gibraltar et remonter dans la mer du Nord, à Dunkerque, à Anvers, à Middlesborough, pour alimenter des usines françaises, belges, allemandes, anglaises, — nous voyons le minerai de Bilbao recherché par les grandes aciéries nouvelles du nord de la France, d’Angleterre, de Belgique, de Westphalie. Mais en même temps la houille anglaise vient alimenter en France les hauts fourneaux du Pas-de-Calais, de la Loire-Inférieure, en Espagne ceux de Bilbao ; en Angleterre, les cokes de Newcastle franchissent des distances de 200 kilomètres pour aller retrouver les hématites du Cumberland ou les fers oolithiques du Lincolnshire. C’est la