Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/763

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circonstances étant données, même étrangères au débat, les objections soulevées contre les arrangemens prémédités pourraient faire accepter par le pouvoir exécutif des projets en apparence populaires, au fond dangereux ou peu mûris. On l’a bien vu le jour où une improvisation de M. Raspail, excluant de toutes les fonctions d’administrateurs des sociétés financières les députés et les sénateurs, a été favorablement et soudainement accueillie par la chambre. Comme député, M. Allain-Targé reproduirait plus aisément et avec moins de responsabilité les mesures qu’il n’avait pas cessé de croire utiles étant ministre. Il est donc plus que jamais nécessaire de prendre toutes les précautions désirables pour amener la solution qui rassurera chacun des intérêts en jeu, celui des porteurs de titres de nos sociétés de chemins de fer, dont le nombre est encore appelé à s’accroître par suite des appels qu’il faudra faire aux capitaux privés, celui du public jaloux de se servir des moyens de transport perfectionnés, enfin l’intérêt national représenté par l’état. Au risque d’être accusé de redites, et après le très concluant travail publié ici même par M. Lavollée a la date du 1er mars, et complété par celui de M. Paul Leroy-Beaulieu le 1er avril, nous pensons qu’il nous sera encore permis de rappeler tous les précédens de la question aujourd’hui soulevée pour en tirer une conclusion justifiée. Comment les divers gouvernemens qui se sont succédé en France ont-ils compris cette question si grave ? dans quel esprit l’ont-ils abordée ? quel a été à cet égard le sentiment universel et permanent des masses ? Après les éminens travaux des ingénieurs, des écrivains spéciaux, des administrateurs, cette simple revue historique peut encore avoir son utilité, car en interrogeant la conscience du public, plus accessible à des instincts qu’à des études réfléchies, en s’adressant à la simple équité et à la raison vulgaire, on a chance de mettre en lumière le vrai but à atteindre, et s’il semblait acclamé par une sorte de cri général, les moyens pour y parvenir ne feraient pas défaut.


I

Avant de rechercher comment doit se constituer et s’exploiter la propriété des chemins de fer, rappelons quel en est le caractère, comment elle est comprise, quel jugement, en général, le public porte sur elle et ce qu’il en attend. A coup sûr, et dans l’esprit de tous, la nature de cette propriété est telle qu’il semble bien difficile d’en faire une propriété privée ; on a distingué, et l’opinion générale a sanctionné cette division, les chemins de fer en lignes d’intérêt général et en lignes d’intérêt local, selon que les unes répondaient aux nécessités stratégiques, aux grandes divisions du