Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/781

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de sa place sans révision et sans appel, indique bien la portée d’une ingérence de l’administration publique dans le fonctionnement du personnel ; mais c’est à un ordre d’idées plus élevées qu’il semble juste d’attribuer le désir de voir entrer les chemins de fer sous l’autorité exclusive de l’état.

Ailleurs, en Allemagne notamment, les intérêts militaires et stratégiques, le désir d’une prompte unification de l’empire, recommandent cette concentration. En France, ce sont les besoins sociaux, ceux de la production et de la consommation, au point de vue alimentaire surtout, qui protestent contre l’abandon à des possesseurs privilégiés et non désintéresses de l’élément qui entre pour la plus grosse part dans le prix des objets nécessaires à la vie. Mais cette indépendance des grandes compagnies est-elle donc entière ? En dehors des mesures ruineuses du rachat et de l’exploitation des chemins de fer par l’état, n’existe-t-il pas d’autres moyens d’obtenir de nouvelles améliorations dans le transport des hommes et des choses ? Un simple coup d’œil jeté sur cette importante question suffit pour indiquer la solution.


IV

Les grandes compagnies sont liées avec l’état par des traités qui assurent à celui-ci la surveillance et le contrôle pour tout ce qui touche non-seulement à la facilité, à la sécurité, mais encore aux prix des transports. Aux compagnies qui exploitent au point de vue commercial appartient l’initiative de la fixation des prix au-dessous d’un maximum déterminé, mais tout changement de ces prix doit être homologué, c’est-à-dire approuvé par l’administration publique. Or, les traités dont il s’agit ont grandement profité aux compagnies, de même que l’augmentation des réseaux, comme nous venons de le voir, a grandement profité à l’État. Les cours cotés pour les actions, et les obligations des chemins de fer montrent que les 8 milliards dépensés par elles ne sont pas mal employés. Ainsi les obligations émises d’abord aux environs du pair à 300 francs valent près de 400 francs, soit un tiers en sus : le revenu des actions s’est élevé, impôt compris, en 1880, à 74 fr. pour le Nord, 33 fr. pour l’Est, 35 fr. pour l’Ouest, 56 fr. pour l’Orléans, 70 pour le Lyon et 40 fr. pour le Midi. Ce revenu s’applique à un capital actions qui n’est pas demeuré stationnaire ; pour le Nord, il était encore en 1861 de 150 millions ; depuis 1864, il monte à 300 : et alors que les actions primitives ont touché jusqu’à 100 francs et se négociaient à 1,300, les actions doubles en nombre reçoivent encore 74 francs chacune et se négocient à 2,400 francs. Le Lyon a porté son capital en différentes émissions de 266 millions à 345. Le revenu a varié de