Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/860

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la touche et la puissance du relief, c’est dans le portrait de jeune homme de M. Ribot, — un peintre, celui-là ! D’ailleurs nous passerons vite devant sa tête de vieillard, si martelée, si rubiconde, si enflammée, si truculente qu’on ne peut vraiment pas la regarder sans rire. Le portrait de M. C. D…, — un jeune homme à barbe et à cheveux blonds, vu de dos, avec la tête tournée de profil, — par M. Doucet, n’est guère qu’une ébauche poussée aux trois quarts, mais l’exécution en est libre, vive et large et le coloris très fin. M. Debat-Ponsan a peint avec beaucoup de vérité M. Paul de Cassagnac. C’est bien là sa haute stature, son teint olivâtre, sa lèvre rouge, son regard franc et perçant, son aspect vaillant de lutteur. Un autre portrait d’une merveilleuse ressemblance est le petit portrait de M. Alexandre de Girardin par M. Arcos ; modelé ferme et souple, touche lumineuse et pleine d’accent. Ne trouvez-vous pas qu’étant données l’exiguïté de nos appartemens et le peu d’intérêt de notre costume, c’est dans ces proportions que les hommes devraient se faire peindre : deux pouces de large sur six pouces de haut ! Seules, les femmes ont droit à des cadres plus vastes ; encore pourraient-elles se contenter de petites toiles, témoin le Portrait de ma nièce, de M. Jules Breton, et le Portrait de Mlle J. T. par M. Hébert. Hanté par l’impressionnisme, M. Vibert lui a pris ses tonalités sourdes du « plein air » et sa facture sommaire des jambes et des mains en nous montrant la Petite Georgette au milieu des blés. Le peintre se retrouve dans la tête, supérieurement modelée. M. Yvon mérite beaucoup d’éloges pour l’exécution sobre et sérieuse de son portrait de M. G. S… Parmi les portraits d’hommes, nous avons à signaler encore celui de M. Jouaust, dû au pinceau savant, d’une correction élégante, mais un peu froide, de M. Emile Lévy ; le portrait de M. Henri de Bornier, par Mlle Venot d’Auteroche ; le portrait de M. Edouard Hervé, par M. Quesnel ; le portrait de M. Gaston Jolivet, par M. Monge ; le portrait de M. Montégut, par M. Maxime Faivre ; le portrait de M. V…, par M. Alphonse Hirsch, dont la facture s’assouplit chaque jour sans rien perdre de sa vigueur ; les portraits de M. Maurin, très vivans malgré leur dureté à la Holbein ; le portrait de Peter Cooper, par M. Chase, libre et large nonobstant la recherche du détail ; enfin le portrait de M. Désiré Nisard, par Mlle Houssay. Quant à ce dernier portrait, qui est peint en buste, on l’a placé si haut qu’il nous a fallu nous servir d’une jumelle pour le distinguer et en apprécier les réelles qualités. Le peintre a dessiné d’une ligne sûre ce profil statuaire dont la sévérité est tempérée par la douceur du regard et l’ébauche d’un sourire bienveillant. Il nous paraît que sinon pour les mérites du portrait, qui ne sont cependant pas discutables, du moins pour le nom illustre de celui qu’il représente, on aurait fait acte de bon goût en plaçant ce cadre sur la cymaise. Nous