Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/865

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cependant quelque victorieuse combinaison. C’est nécessairement de la lampe, posée sur la table à côté d’un superbe bouquet d’hortensias, que le tableau reçoit sa lumière. Le visage du joueur est vivement éclairé, et le profil et toute la figure de la femme, qui est assise au premier plan, restent dans l’ombre. Sous ce prétexte, M. Duez a cru pouvoir se dispenser d’y rien modeler. On ignorait jusqu’à présent qu’une figure placée à contre-jour n’eût ni relief ni forme à l’intérieur du galbe. — Encore une découverte triomphante due à la nouvelle école ! Ce sont aussi les principes de cette école qui enseignent à laisser les mains, qu’elles soient dans l’ombre ou dans la lumière, à l’état d’ébauche. Si encore M. Duez s’excusait en disant qu’il n’a pas eu le temps de les achever ! Point. Cette facture sommaire est tout ce qu’il y a de plus voulu.

On ne saurait, paraît-il, regarder sans être ému le tableau de M. Dagnan-Bouveret. L’émotion ne se commandant pas, nous restons parfaitement froid devant la Bénédiction des jeunes époux. C’est dans une pauvre chambre. d’un village ou d’une petite ville de Franche-Comté, disposée pour la circonstance en salle de repas. Avec des tréteaux, on a dressé une table en fer à cheval, et des planches reposant sur des chaises de paille forment les sièges. Le couvert est enlevé, il ne reste sur la nappe que des piles d’assiettes et des bouteilles vides. A gauche, près d’un lit à rideaux de calicot lie de vin, un vieillard ayant auprès de lui une vieille femme coiffée d’un bonnet noir, porte un cierge et, adresse quelques paroles aux deux mariés agenouillés devant lui, les mains jointes, dans l’attitude de certaines statues tumulaires du XVIe siècle. Au second plan, le corps coupé par la table dont ils se sont levés, se tiennent les garçons et les demoiselles d’honneur ; au fond, à droite, trois hommes âgés regardent cette scène. Nous reconnaissons volontiers des qualités à M. Dagnan-Bouveret ; il y a de l’espace dans cette chambre, l’air et la lumière y vibrent, les personnages sont naturellement posés, leurs physionomies assez bien trouvées, bien que trop cherchées dans la naïveté. Mais il faut être aveugle pour ne pas voir les défauts de ce tableau. Éparpillée en trois groupes, la composition présente des vides, les mains sont disproportionnées et insuffisamment peintes, les figures du second plan sont bavochées ; la robe blanche de la mariée n’accuse pas la forme de son corps ; c’est un flot de tulle où tout se perd. Le voile qui flotte, sur ses épaules n’a pas plus de légèreté que les plis de sa jupe. Enfin, pourquoi prendre plaisir à vulgariser la nature humaine ? Pourquoi montrer ces paysans gauches et mal à l’aise dans leurs habits du dimanche, exagérer la lourdeur de ces faces carrées et épaisses, comme dégrossies à coups de serpe ? Les mêmes critiques s’adressent à la Fête-Dieu de M. Dantan, avec ses bonshommes de bois, ses couleurs dures, sa