Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/869

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LE SALON DE 1882. 863 nuages de quelques coups de brosse. Pour peindre les Bords de l’Ellée, qui est à la fois une rivière et un marais, M. Pelouze a employé les procédés qu’on lui connaît : premiers plans en vigueur, fermement, presque durement accusés par la précision du contour et la densité de la couleur, lointains fuyant en se dégradant avec une admirable profondeur optique. Les ombres portées des arbres semblent toutefois se projeter trop nettement, étant donné le ciel nuageux. Outre les qualités accoutumées des paysagistes contemporains, la finesse et l’éclat des tons, l’heureuse distribution de la lumière, les localités atmosphériques, la largeur des feuilles, les progressions infinies des perspectives, M. Sauzay a mis du style dans l’Étang de Vaugoin. Voyez la belle ligne calme qui se découpe sur l’horizon. Il nous paraît que, dans les Bords du Loing, la palette de M. Harpignies pousse au noir et que son pinceau perd de sa légèreté. Ces feuilles sont bien lourdes ; on conçoit que le souille de l’air ne puisse pas les agiter. Chez M. Ségé, les châtaigniers sont mous, les rochers cotonneux et la couleur sans harmonie. Pour MM. Emile Breton, Alexandre Defaux, Lapostolet, Appian, Japy, s’ils ne se surpassent pas, ils restent du moins égaux à eux-mêmes. On confond souvent la bizarrerie avec l’originalité. C’est pourquoi on prend M. Stott, qui a d’ailleurs du talent, pour un peintre original. M. Stott a la spécialité des rivières fleuries de nénufars et autres plantes aquatiques, où se réfléchissent miraculeusement le ciel, les maisons et les arbres. Cela tient de la fantasmagorie : les objets ont dans l’eau des contours plus nets et des couleurs plus vives que dans le paysage, le ciel y est plus bleu et les arbres plus verts.

La Saison dorée ! quel titre plein de promesses, et comme M. Péraire le justifie bien par la lumière rayonnante dont il éclaire les bords de la Seine ! Le fleuve fuit en perspective, les coteaux qui abaissent doucement jusqu’au rivage leurs pentes gazonnées se couronnent de bouquets d’arbres ombrageant de petites maisons à toits rouges ; sur l’autre rive se profile une rangée de grands peupliers. Dans l’épais parage de M. Hanoteau, où courent les jumens et les poulains avec de l’herbe jusqu’au poitrail, c’est encore la saison dorée. Le soleil qui descend derrière un massif de verdure répand ses chauds glacis sur la cime des arbres déjà parés des teintes jaunissantes de l’automne. Voulez-vous plus de soleil encore ? Arrêtez-vous devant le site de Provence de M. Montenard : le sommet d’une colline pelée et pulvérulente, embrasée de lumière, où les ombres portées s’accusent en bleu transparent. C’est la vérité même. L’éclat de ce jour aveugle, et dans les maigres broussailles on croit entendre chanter les cigales. Cette intensité lumineuse des contrées méditerranéennes, M. Moutte l’a rendue avec une égale puissance dans son