Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/885

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les collèges de l’état rencontrent devant eux, d’un côté la concurrence d’un plus grand nombre d’institutions privées, de l’autre l’hostilité ou la défiance d’un plus grand nombre de familles. Ce n’est, dira-t-on, qu’un effet passager de la loi de 1850. Quand cette « loi de » malheur » aura disparu, l’Université regagnera aisément le terrain qu’elle a perdu. Rien n’est moins fondé qu’un tel espoir. Le rétablissement du certificat d’études ne désarmera aucune des influences qui, depuis 1850, ont mis en si grande faveur, près d’une partie des classes moyennes, l’enseignement clérical. Il ne fera, par une apparence de persécution, que donner à ces influences encore plus de force. On se trompe singulièrement quand on croit qu’elles doivent toute leur puissance aux leçons données dans les collèges ecclésiastiques et qu’elles dominent seulement parmi les anciens élèves de ces collèges, elles se sont trouvées toutes-puissantes, il y a trente ans, pour recruter la nouvelle clientèle des rivaux de l’Université parmi les anciens élèves de l’Université elle-même. Elles avaient profité, après 1848, du désarroi qu’avait jeté dans la bourgeoisie l’avènement inattendu du suffrage universel et du rapprochement que ce désarroi avait opéré entre les vaincus de la dernière révolution et ceux des révolutions précédentes. Elles n’ont pas été moins bien servies, depuis 1870, par tous les mécontentemens qu’une série de défaites ou de tentatives avortées ont accumulés parmi les diverses nuances des partis conservateurs ou soi-disant tels. Partout on signale comme les plus ardens dans les campagnes engagées contre l’Université, au profit de l’enseignement ecclésiastique ou congréganiste, d’anciens libéraux formés par l’Université. Qu’on ait tort ou raison de les accuser de défection, ce n’est pas un bon moyen pour les ramener ou pour les empêcher de faire des prosélytes. que de justifier par d’odieuses exigences le rôle plus ou moins sincère qu’ils aiment à se donner de défenseurs de la liberté.


III

Une proscription directe et radicale réussirait-elle mieux que des demi-mesures contre des adversaires que l’on semble redouter davantage depuis qu’ils sont déchus du pouvoir et réduits aux armes de l’opposition ? Telle avait été l’opinion de M. Madier-Montjau lors de la discussion de l’article 7, et il avait présenté un amendement qui prononçait l’interdiction absolue du droit d’enseigner contre tout membre d’un clergé ou d’une congrégation religieuse quelconque. Écarté comme trop radical en 1879, cet amendement n’a pas été reproduit depuis cette époque, et je ne sais s’il pourrait