Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/886

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espérer aujourd’hui une meilleure fortune. Il faut pousser bien loin les passions anticléricales pour se décider à fermer d’un seul coup plus de deux cents maisons et à priver d’instruction plusieurs milliers d’élèves qui ne pourraient immédiatement trouver place dans les institutions laïques ou dans les établissemens de l’état. On s’applaudirait du moins d’avoir supprimé l’enseignement clérical sous la robe du prêtre et du moine : l’aurait-on rendu moins cher aux familles dont il a les préférences ? et pense-t-on qu’elles ne sauraient faire aucun effort pour le retrouver, soit à l’étranger sous la même robe, soit en France même sous l’habit laïque ? Elles n’y réussiraient pas sans une grande dépense de temps et d’argent : l’état aussi aurait besoin de beaucoup de temps et d’argent pour mettre ses lycées et ses collèges en situation de recueillir l’héritage des maisons qu’il aurait fermées, et quand on se rappelle quels prodiges le zèle religieux a su accomplir en peu d’années, après le vote de la loi de 1850, on peut se demander si ses créations nouvelles ne sauraient pas devancer et dépasser celles qui s’imposeraient au triple budget de l’état, des départemens et des villes.

Il faudrait, pour porter un coup vraiment mortel à l’enseignement clérical, aller plus loin que M. Madier-Montjau lui-même dans la voie de la proscription. Il faudrait abolir toute liberté d’enseignement, toute liberté d’éducation, en revenir au fameux plan de Lepelletier Saint-Fargeau, que la convention, dans ses plus mauvais jours, n’osa pas adopter entièrement et qu’elle se hâta de remplacer, avant même la chute de la terreur, par des dispositions plus libérales. Si l’on recule soit devant l’odieux d’un tel système, soit devant la crainte de la réaction qu’il ne manquerait pas de provoquer, le plus sage est de s’attacher, franchement et complètement, aux principes de liberté et de droit commun. Je ne veux pas rechercher, comme on le faisait en 1848 et comme on a essayé de le faire dans nos récentes discussions, si la liberté d’enseignement est ou non un droit naturel : il me suffit qu’elle soit un intérêt social de premier ordre. En la reconnaissant, ce n’est pas simplement un avantage que nous concédons à nos adversaires, c’est une garantie que nous nous assurons contre nos propres entraînemens dans le présent et contre un retour de fortune dans l’avenir. L’expérience de 1848, si elle était mieux comprise, devrait nous éclairer. L’Université et ses amis avaient subi avec regret la liberté d’enseignement. Les anciens libéraux de la monarchie de juillet, qui l’avaient acceptée, étaient accusés de sacrifier leurs convictions de tous les temps aux nouvelles alliances dans lesquelles les avaient engagés leurs rancunes politiques, et cette accusation n’était pas sans fondement. La loi de 1850 dépassait le but, elle se proposait moins de