Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/922

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I

Il n’est pas toujours facile de distinguer les élémens très divers dont se forme l’opinion publique dans un pays qui, comme le nôtre, a traversé tant de révolutions et successivement acclamé des régimes si contraires. Depuis près d’un siècle, la France a fait, on peut le dire, toutes les expériences, connu toutes les extrémités. Il y a des nations privilégiées, dont la marche semble obéir à des lois naturelles, qui se développent harmonieusement, dans le sens de leurs intérêts traditionnels, tantôt avec une sage lenteur, tantôt avec l’irrésistible puissance que donne aux sociétés, comme aux individus, le sentiment de leur force matérielle joint à l’orgueil de race. Telle la Prusse depuis plus d’un demi-siècle et même, en remontant au-delà, depuis le grand-électeur ; telle l’Angleterre depuis l’heureuse révolution qui l’a délivrée des sectes et des factions ; tels dans tous les temps, anciens aussi bien que modernes, les peuples qui ont eu le bonheur de trouver d’habiles conducteurs ou la sagesse de se donner de bonnes institutions et de s’y tenir. Tout au rebours aujourd’hui chez nous : n’y ayant plus rien de fixe, si ce n’est quelques principes que tous les régimes et toutes les opinions professent également, sauf à n’en respecter aucun, nous allons à l’aventure et nous vivons au jour le jour dans le perpétuel devenir, qui est l’essence même de la démocratie. Toutefois, si par ses contradictions et ses caprices l’esprit public, en France, échappe souvent à l’analysé, s’il a des élans qui trompent les plus sages prévisions et des retours qui déconcertent les plus sûrs jugemens, il lui arrive