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duquel coulent les eaux de l’Bydraote, non moins chargées de dépôts argileux et non moins rouges que les eaux de l’Acésinès. L’Hydraote est presque partout guéable pendant environ huit mois de l’année. Alexandre le franchit donc sans peine, d’autant plus qu’il alla le franchir assez près du point où le fleuve prend sa source. Il se disposait à en suivre la rive gauche pour descendre sur Lahore quand il apprend qu’entre l’Hydraote et l’Acésinès, la confédération puissante qui tint jadis en échec les forces réunies de Porus et d’Abisarès vient de courir aux armes. Adraïstes, Cathéens, Malliens, Oxydraques, tous se sont levés à la fois pour défendre leur indépendance ; ils attendent Alexandre sous les murs flanques de tours de Pibrama et de Sangala.

Nous reconnaîtrons, avec le général Cunningham, remplacement de Sangala dans la ville ruinée de Sangla-Tiba, la colline de Sangla, et la situation qu’occupait Pibrama dans les ruines considérables qui entourent le petit village d’Asarour. Pibrama se serait ainsi trouvée sur la rive gauche de l’Hydraote, à 72 kilomètres environ de Lahore, — le Labokla de Ptolémée ; — Sangala devrait se chercher sur la rive droite du même fleuve, 31 kilomètres plus loin, c’est-à-dire à une centaine de kilomètres à peu près de la capitale actuelle du Pendjab. A la nouvelle de l’insurrection qui menace ses communications avec les provinces situées au-delà de l’Indus, Alexandre suspend sa marche vers l’Hyphase et le Gange. En deux étapes forcées, il se porte de son camp de Lahore sous les murs de Pibrama. Surpris par ce mouvement rapide, les Adraïstes, dont Pibrama est la capitale, se soumettent sans oser même tenter un simulacre de résistance. Alexandre fait reposer son armée pendant vingt-quatre heures, repasse 6ur la rive occidentale de l’Hydraote et arrive le lenderaain devant Sangala. Ce n’est plus aux Adraïstes, c’est aux Cathéens que les Macédoniens cette fois vont avoir affaire. Les Cathéens sont, avec les Malliens qui occupent le territoire actuel de Moultan, la peuplade la plus belliqueuse de l’Inde. Comme les Scythes, ils ont l’habitude de. combattre à l’abri de leurs chariots. Alexandre les trouve campés près de la ville, sur une éminence, — la colline de Munda-Papoura, au dire du général Cunningham. — Pour tout retranchement, l’éminence présente une triple enceinte de chars. Alexandre reconnaît la position ; les Cathéens ne pouvaient faire un meilleur choix ; il y aura là encore une sanglante bataille à livrer, l’enceinte formée par toutes ces voitures que des liens nombreux attachent l’une à l’autre vaut bien les remparts de boue de Bucéphalie et de Nicée ; ces barbares ne sont pas évidemment des novices dans l’art de la guerre. Les uns ont pour armes des flèches avec lesquelles ils combattent de loin ; les autres des haches ou des piques dont ils trouveront l’usage quand on se joindra corps