Page:Revue des Deux Mondes - 1883 - tome 58.djvu/116

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regretterais également, M. Tirman. Il n’a eu, lui„ rien, à apprendre en tant qu’administrateur, mais il lui fallait faire connaissance avec le paya et avec les habitans, besogne, essentielle Qu’il est en train d’accomplir actuellement.

Je ne suis pas seul d’ailleurs, en ce qui concerne, l’Algérie, à avoir cette involontaire liberté d’esprit, et, je puis m’autoriser d’un assez fameux exemple. J’étonnerais, probablement la plupart des organes de la presse algérienne qui ont fait, dans le passé, une guerre si acharnée à M. l’amiral de Gueydon, parce qu’ils le considéraient comme un affreux réactionnaire clérical, si je leur disais qu’il est à ma connaissance que M. Gambetta les a devancés dans la justice qu’avec bon goût ils ont fini plus tard par rendre à celui des gouverneurs de l’Algérie qui a peut-être le mieux servi la cause de la colonisation. En sont-ils à ignorer que c’est lui qui a fait adjuger au cardinal de Lavigerie, pour l’aider dans sa propagande catholique et française, la somme de 50,000 francs, qui, par je ne sais quelle timidité de ses collègues, n’a pas été inscrite au budget, mais honteusement dissimulée au chapitre des fonds secrets ? Leur surprise aurait redoublé sans doute s’ils lui avaient entendu raconter comment, il n’avait jamais été mieux renseigné sur les affaires de l’Algérie et de la Tunisie que par ses conversations avec le père Charmetan, le second de l’archevêque d’Alger dans la direction de nos missionnaires d’Afrique, et je sais, de façon à n’en pouvoir douter, que ce même père Charmetan avait été chargé par lui de s’informer si l’amiral de Gueydon consentirait à reprendre le gouvernement de l’Algérie, auquel on : pourrait joindre les affaires de la Tunisie, car, disait-il, il n’y a que les choses faites par l’amiral qui aient duré.

Pas plus que M. Gambetta, je ne voudrais moi-même être exclusif. Les promoteurs de la loi des 50 millions, et les ministres qui l’ont endossée avec une rare docilité, ne l’ont point, pour adversaire intraitable. Je suis, plutôt une sorte d’auxiliaire, car j’accepte, en raison de l’état présent des choses, qu’on, ait encore recours, pour un temps, à la colonisation par les mains de l’état, à la condition toutefois qu’il cède bientôt la place, de bonne grâce, à l’initiative privée, qui est la seule continuellement effective et réellement puissante. C’est l’importance du chiffre qu’on veut immédiatement y consacrer, et le mérite de la combinaison financière au moyen de laquelle on arrive à l’obtenir, qui font doute à mes yeux. J’ai particulièrement objection à l’ingérence irrégulière, presque inconstitutionnelle, d’une commission du budget de la chambre des députés, prenant sur elle de tracer tout un programme à exécuter, par des moyens trop parfaitement systématiques pour correspondre au véritable état des