Page:Revue des Deux Mondes - 1883 - tome 58.djvu/36

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œuvre de bienfaisance à laquelle A. Cochin ne se soit associé, pas un effort vers une amélioration matérielle et morale, qu’il n’ait encouragé, pas un rêve d’élévation intellectuelle, de soulagement de la souffrance, de combat contre la misère et le vice, qu’il n’ait caressé et souvent réalisé. Tant qu’il vécut, il fut l’âme de la charité de Paris ; il était aux Petites-Sœurs des Pauvres, aux frères de Saint-Jean-de-Dieu, aux fourneaux économiques, aux maisons de secours, à l’hôpital que construisit et que nomma son oncle ; il portait le pain aux affamés, les consolations aux affligés, l’espoir aux désespérés ; sa vie a été une expansion de commisération ; ce fut un saint laïque que la foi conduisit aux actes qui sont la gloire même de l’humanité. Il aima les malheureux : Jean Ciudad peut le reconnaître pour un des siens.

Au-delà de ce pavillon d’entrée s’étend le jardin bien cultivé ; il y a plus de légumes que de fleurs, plus d’arbres fruitiers que d’arbres d’agrément : bien des bouches sont à nourrir dans l’asile et les plates-bandes font office de pourvoyeurs. La maison proprement dite est grande et forte ; on s’est souvenu des effets produits par le bombardement et l’on a choisi un solide appareil. Elle a été construite en vue même de sa destination, ce qui est rare à Paris, et elle a été aménagée dans d’excellentes conditions. A la parcourir, on comprend que l’architecte qui a dressé le plan avait des notions d’hygiène et qu’il savait que les enfans ont besoin d’air, de soleil et d’espace. Lorsque je me rappelle les salles sordides où mon enfance a traîné sur les bancs scolaires, j’estime que les petits infirmes admis dans l’asile de la rue Lecourbe sont mieux logés qu’en ne l’était de mon temps dans les collèges de Paris. De vastes couloirs de dégagement, d’amples escaliers, de larges dortoirs prenant jour par de hautes fenêtres sur le jardin, des parquets passés à l’encaustique et cirés, une salle de bain bétonnée, un promenoir abrité contre la pluie, prouvent le souci hospitalier dont on fut animé en commençant les constructions. Le régime alimentaire est abondant ; quatre repas par jour : à déjeuner, de la soupe ; à dîner, de la viande et des légumes ; à goûter, du pain ; à souper, de la soupe et des légumes ; ceci, c’est l’ordinaire, comme l’on dit dans, les casernes ; mais dès qu’un enfant exige une diète plus fortifiante, il mange de la viande à chaque repas, car la maison est avant tout une infirmerie.

Ce sont des malades que l’on soigne, mais ce sont aussi des enfans que l’on élève ; si l’on s’essaie, le plus souvent en vain, à redresser leurs membres, on tâche aussi de développer leur intelligence et même de leur apprendre un métier dont peut-être ils réussiront plus tard à tirer le pain quotidien. Les pensionnaires qui