Page:Revue des Deux Mondes - 1883 - tome 60.djvu/478

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radicaux avaient un moyen nouveau de poursuivre la guerre contre l’église par la dépossession. Vainement le rapporteur a fait observer que c’était vraiment extraordinaire de procéder ainsi, d’introduire dans une loi municipale des dispositions toutes politiques touchant à une affaire aussi délicate, qu’il s’agissait ici des rapports de l’église et de l’état ; M. de Marcère n’a point été soutenu par le gouvernement, et comme la proposition remuait la fibre sensible de la majorité républicaine de la chambre, elle a été aussitôt prise en considération. Une fois de plus, on avait manifesté contre le cléricalisme ! Seulement alors on a commencé à s’apercevoir que l’article de M. Paul Bert allait créer toute sorte de difficultés pratiques à peu près insolubles, qu’il soulevait étourdiment les plus graves questions législatives, politiques, judiciaires, contentieuses. Comment tenir compte de ces difficultés, que les hommes sérieux ne pouvaient méconnaître, et donner en même temps quelque satisfaction au vote de la chambre ? On s’est tiré d’affaire comme on a pu par une de ces transactions qui ne décident rien, qui peuvent prêter à toutes les interprétations. La commission et le gouvernement se sont entendus sur une rédaction nouvelle, qui n’est, après tout, qu’une atténuation de la proposition primitive, et que M. l’évêque d’Angers a pu encore caractériser avec quelque raison en disant que c’était la spoliation facultative à la place de la spoliation obligatoire proposée par M. Paul Bert.

La vérité est qu’on a mis dans la loi municipale ce qui ne devait pas y être, que la question des rapports de l’église et de l’état est assez grave par elle-même pour n’être point confondue avec une simple question d’attribution communale ; et la faute du gouvernement est de n’avoir pas prévenu ces confusions, ces difficultés par son attitude, de n’avoir pas soutenu dès l’origitie le rapporteur de la commission. S’il avait pris position avec plus de netteté, dès la première heure, sans laisser aux esprits le temps d’hésiter, il aurait pu peut-être, d’accord avec M, de Marcère, arrêter la chauibre en lui montrant que cette prise en considération qu’on lui demandait ne pouvait être qu’un danger ou une vaine manifestation. Il a hésité et il a laissé passer un vote qui n’est qu’un embarras pour lui, une faute pour la chambre et une anomalie de plus dans la loi municipale. Le plus sûr pour lui était d’avoir une opinion et de la soutenir avec résolution au moment voulu au lieu de l’exprimer tardivement. M. Paul Bert, lui, est du moins logique dans cette haine des choses religieuses dont il se fait l’organe aussi fatigant qu’obstiné. Lorsqu’il invoque, en bon apôtre, le concordat, il ne déguise guère qu’il s’en moque, qu’il ne s’en sert que pour s’en faire une arme contre l’église en attendant de l’abolir définitivement. Lorsqu’il fait ses propositions, il ne cache pas que c’est une stratégie pour cerner l’ennemi, le cléricalisme, pour préparer la séparation de l’église et de l’état, il l’a répété l’autre jour devant la chambre. Est-ce là l’opi-