Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/961

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n’est pas sans importance pour l’avenir des deux peuples, il s’est trouvé, dans son propre pays, en face d’une crise bien autrement délicate que ct-lle qui agite en ce moment la Belgique : le prince d’Orange, seul héritier direct de la couronne, a été atteint d’une maladie qui le met en danger de mort. Le roi Guillaume n’a de son nouveau mariage qu’une fille encore enfant. Si le prince d’Orange meurt, c’est une question de succession éventuelle qui s’ouvre à La Haye. Or c’est là une perspective devant laquelle les Hollandais ne sont pas sans inquiétude. Ils ont, non sans raison, le sentiment que leur pays peut être menacé dans son indépendance, que dans tous les cas, la désignation du prince appelé à hériter de la couronne néerlandaise sera une sérieuse difficulté. Le prince d’Orange n’était point par lui-même, il est vrai, une grande ressource ; il existait toutefois, il était l’héritier désigné, incontesté, et sa mort rendrait en quelque sorte plus saisissables pour les Hollandais les dangers d’un avenir incertain.

Au delà des mers, la puissante république américaine a, elle aussi, sa question de transmission de pouvoir qui se régie par l’élection populaire, et le choix d’un candidat à la présidence est la grande affaire du jour. Il s’agit de savoir qui remplacera à la Maison-Blanche le président Arthur, qui a succédé au malheureux Garfield, ou si M. Arthur lui-même ne sera pas réélu. Les partis ont aux États-Unis une vigoureuse discipline ; ils désignent d’avance leur candidat, et le jour où le scrutin s’ouvre pour le choix d’un président, l’élection est déjà à peu près faite. Ils procèdent ainsi aujourd’hui, ils se préparent à l’élection qui se fera au mois de novembre. La lutte est dés ce moment ouverte entre les partis américains. Les démocrates, qui ont regagné une grande influence, n’ont pas eu encore leurs réunions ; ils ne renoncent sûrement pas à la lutte, ils disputeront sans doute ardemment la présidence. Jusqu’ici le parti républicain s’est seul réuni à Chicago, dans une convention préliminaire composée de plus de huit cents délégués. Jusqu’au dernier moment on a été, à ce qu’il paraît, en doute sur le choix du candidat des républicains. L’ancien président Grant était hors de cause depuis qu’il a été compromis dans d’effroyables désastres financiers. M. Arthur avait ses partisans. En définitive, c’est M. Blaine qui, après plusieurs scrutins, a été choisi par la convention de Chicago. M. Blaine reste donc dès aujourd’hui le seul candidat du parti républicain à la présidence. M. Blaine a déjà une assez grande notoriété dans son pays ; il est surtout connu comme le partisan décidé d’une politique extérieure plus active pour les États-Unis. Il reste à se demander comment il entendrait pratiquer cette politique au pouvoir, et avant tout, il est vrai, la première question est de savoir si ce sera M. Blaine qui deviendra le premier magistrat de la république américaine.

CH. DE MAZADE.