Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/325

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Laissons de côté l’industrie agricole, où véritablement la question du syndicat mixte n’est pas mûre. Laissons également, mais pour d’autres raisons, la petite industrie. On peut, si l’on veut, décorer du nom un peu pompeux de syndicats mixtes des associations qui comprennent à la fois des patrons et des ouvriers rattachés les uns aux autres par des liens de camaraderie et d’assistance mutuelle, et même par un certain lien religieux. Les associations de ce genre sont assez nombreuses en France. Je sais telle petite ville des environs de Paris assez peu cléricale cependant, où les jardiniers, patrons et garçons, assistent tous les ans à la fête de la Saint-Fiacre et sont membres de la même société de secours mutuels. Si c’est là un syndicat mixte, je le veux bien ; mais alors l’institution fort modeste par elle-même existait bien avant que le mot eut été inventé. Au surplus le problème n’est pas là : ce n’est pas l’organisation de la petite industrie qui fait courir des risques à la société. Que là comme ailleurs, les relations soient un peu tendues de patrons à ouvriers, cela est possible ; je crois avoir montré qu’au temps du compagnonnage, elles n’étaient pas toujours aussi cordiales qu’on se le figure. Que la manière dont est pratiqué l’apprentissage laisse beaucoup à désirer, cela parait malheureusement certain. Mais c’est de la part du maître, comme aussi de la part de l’apprenti, une question de conscience individuelle et je ne vois pas à quoi servirait le rétablissement du chef-d’œuvre (qui autrefois donnait lieu à tant de vexations et d’abus), si le patron ne se donne pas la peine d’instruire l’apprenti, ou si l’apprenti n’écoute pas le patron. Fortifier l’apprentissage par un système d’encouragemens donné aux patrons et aux apprentis consciencieux, ou par la création d’écoles bien conçues ; soutenir même la petite industrie, autant que faire se peut, dans la lutte difficile qu’elle soutient contre la grande, en favorisant par des institutions de crédit facilement accessibles [1], ou même par l’assistance directe les débuts difficiles, c’est assurément faire œuvre utile ; mais bien des gens s’en occupaient avant même que l’Œuvre des cercles catholiques vînt au monde. Tout le monde connaît cette grande société pour la protection des apprentis et des enfans employés dans les manufactures, que l’éminent chimiste M. Dumas a présidée, si longtemps. Voici bientôt un demi-siècle que la Société philanthropique distribue un certain nombre de primes aux jeunes ouvriers et ouvrières qui veulent, s’établir pour leur compte, et fournit aux uns des outils, aux autres un petit fonds de roulement. Ceux des membres de la société qui, pour

  1. Je tiens à dire que le cercle catholique d’ouvriers du boulevard Montparnasse a fondé une petite banque de crédit mutuel qui donne d’excellens résultats.