Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/799

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avons reconnu la nécessité. Elle n’exigera que deux ou trois ingénieurs-torpilleurs, puisque les artilleurs se contentent, dans leurs usines de Ruelle et de Saint-Gervais, de deux officiers dirigeans. Comme noyau du personnel ouvrier, il suffira de prendre celui qui, à Indret, répare nos torpilles automobiles et en a déjà construit, il y a quelques années. Nous avons dit qu’on avait eu grand tort de renoncer à cette construction de torpilles à Indret. Les premières torpilles livrées par cet établissement n’étaient pas aussi mauvaises qu’on l’a prétendu et coûtaient beaucoup moins cher, malgré l’imperfection de l’outillage, que celles de M. Whitehead. Il n’y avait qu’à persévérer dans la voie où l’on était entré, les progrès seraient arrivés vite. On a préféré tout détruire, habitude bien française. Maintenant il faut revenir sur cette destruction maladroite. On ne saurait, pour les raisons que nous avons déjà données, se contenter des torpilles de M. Whitehead ; on ne saurait non plus, pour s’en procurer d’autres, recourir à l’industrie privée, car la première condition à remplir dans la création et le perfectionnement des torpilles est le secret. D’autre part, Indret était fort mal choisi comme centre d’un atelier de construction. Cet établissement doit être placé en un lieu qui permette des expériences incessantes. A notre avis, l’étang de Berre, en Provence, est naturellement désigné pour l’usine des torpilles. Quoique à portée d’une grande voie ferrée, il est éloigné des curieux dont les visites sont quelquefois difficiles à éviter ; il est de plus situé dans un climat qui facilite les travaux au dehors et protégé de manière à rester à l’abri d’un coup de main ou d’un bombardement par mer ; enfin sa vaste étendue d’eau de faible profondeur se prête merveilleusement à toutes les opérations de réglage que nécessite la bonne confection des torpilles. C’est donc à l’étang de Berre qu’il faudrait se hâter d’installer une usine qui permettrait à nos officiers d’arriver à rendre la torpille, suivant le programme que nous avons tracé, d’un maniement aussi simple et d’un usage aussi sûr que ceux du boulet de canon.

Comme nous ne voulons, dans cette étude, rien laisser à la fantaisie, afin d’éviter ces prétendus écarts d’imagination que M. l’amiral Peyron nous a reprochés du haut de la tribune de la chambre des députés, on nous permettra quelques calculs. Que coûtera l’organisation que nous proposons ? On va le voir. Parlons d’abord du matériel. Nous estimons à 1 million environ les frais d’établissement de l’usine de construction des torpilles. Pour l’atelier de la direction des torpilles, nous possédons malheureusement cinq ports, ce qui multipliera la dépense ; mais jusqu’à la suppression d’un ou de deux d’entre eux, il faut bien les faire participer tous à la réforme.