Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 69.djvu/81

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Robert de Saarbruck, damoiseau de Commercy nous offre le type achevé de ces grands seigneurs sans foi ni loi, qui ne vivaient que pour la chasse, la débauche, le brigandage, de ces « comtes sauvages, » qui ont inspiré dans les pays situés entre le Rhin et la Meuse de si sombres légendes. Que si l’on recherche le mobile de cette ardeur aventureuse, qui le poussait à prendre les armes tour à tour contre tous ses voisins, le plus souvent on n’en trouve d’autre que l’amour du lucre. En campagne, tous moyens lui étaient bons pour atteindre son but. Un jour qu’il assiégeait une petite place où des paysans s’étaient enfermés, il fit brûler pendant toute une nuit les moissons d’alentour pour y voir plus clair à prendre ses positions et à préparer l’attaque de cette place. Pour tenir tête à un tel adversaire, ce n’était pas trop de toutes les forces des duchés de Lorraine et de Bar. Jean, comte de Salm, gouverneur général du Barrois, après les avoir rassemblées, vint mettre le siège devant la ville même de Commercy. Robert de Saarbruck se trouva tellement pressé qu’il se décida à faire la paix. Cette paix fut signée à Châtillon-sur-Seine, le 25 janvier 1424, sous les auspices de Philippe le Bon, auprès duquel le duc de Lorraine et le seigneur de Commercy s’étaient rendus, et qui s’était entremis à la prière de Guillaume de Châteauvillain, oncle du damoiseau du côté maternel. Le traité qui intervint stipulait une alliance offensive et défensive, non-seulement entre les ducs de Lorraine et de Bar et Robert de Saarbruck, mais encore entre ce dernier et le duc de Bourgogne. L’ancien compagnon d’armes de Robert de Baudricourt, qui jusqu’alors avait paru suivre le parti de Charles VII, auquel le rattachaient à la fois le lien de la vassalité et les traditions de sa famille, rompait avec ce parti pour embrasser la cause anglo-bourguignonne. Une compagnie d’hommes d’armes à la solde de Louis de Chalon, prince d’Orange, amenée par le seigneur de Châteauvillain au secours de son neveu, et qui avait été laissée en garnison à Commercy pendant le voyage du damoiseau à la cour de Bourgogne, trouva le moyen de se rendre encore plus odieuse que le châtelain absent ; elle mit à sac ou livra aux flammes les villages et les églises, et devint la terreur du pays environnant. Le comte de Salm marcha contre ces bandits, les tailla en pièce et fit cent dix-neuf prisonniers. Lorsqu’on connaît ces détails et que l’on voit les habitans de Domremy se placer moyennant finance sous la sauvegarde d’un si misérable aventurier, on se demande avec un certain effroi qui put les protéger contre un tel protecteur.

La défection de Robert de Saarbruck fut le prélude d’une suite d’échecs pour les partisans de Charles Vil. Le 17 août 1424, Jean, duc de Bedford, battit les Français à la journée de Verneuil, où périt Jean de Harcourt, comte d’Aumale, capitaine du Mont-Saint-Michel.