Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 71.djvu/389

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apprenant le trépas, elle se retira dans un couvent, où elle resta deux jours en prière. Alphonse d’Esté était absent ; ce fut le cardinal d’Esté qui accueillit le messager et entendit le récit des derniers instans du Valentinois. Il appela Magnanini, le secrétaire privé, afin qu’il assistât à l’entretien et pût notifier l’événement au duc de Ferrare, qui tenait alors la campagne. Ce document, signé : « Hieronimus Magnaninus, » est daté de Ferrare, 12 avril 1507 ; on le conserve aux archives d’état de Modène. Il est conforme, dans ses lignes générales, au passage des Chroniques de Navarre d’Esteban de Garibay, qui écrivait au moment où quelques-uns de ceux qui avaient vu tomber César vivaient encore [1].


VI

Dans la vie tumultueuse de César, si adonné aux femmes, il en manquera toujours une, la sienne propre, la duchesse de Valentinois, Charlotte d’Albret, sœur du roi Jean de Navarre, celle qu’il aurait dû aimer. Mais, là encore, il est impitoyable et conséquent avec son ambition : il avait reçu des mains du roi de France, le 12 mai 1499, à Chinon, « la plus belle fille de France ; » il lui donna son nom, lui laissa un enfant de sa race, et, presque au sortir de l’autel, l’abandonna pour courir à ses dramatiques destinées ; il ne la revit jamais. Louis XII, pour servir ses projets contre l’Italie et s’assurer l’alliance du Vatican, l’avait choisie, à l’âge de dix-sept ans, parmi les filles d’honneur d’Anne de Bretagne. Une lettre de France, apportée par un courrier spécial au pape Alexandre VI, le 23 mai, lettre dont le maître des cérémonies Burkhardt semble avoir eu la confidence, racontait sans pudeur au pontife le secret de la première nuit de ces noces en faisant l’éloge des charmes de l’épousée. D’autre part, en lisant dans les Mémoires de Robert de La Mark, seigneur de Fleurange, les indiscrétions des dames d’honneur de la duchesse, on se rappelle involontairement que la scène du mariage se passait au pays de Rabelais. Quoi qu’il en soit, la mariée était illustre, elle était belle, vertueuse ; elle fut le modèle des épouses. Les noces consommées, César était parti pour la Lombardie, laissant sa femme enceinte : elle se retira à Issoudun, où, en 1504, elle apprit l’exil du Valentinois. Zurita affirme qu’en 1507 la duchesse avait rejoint César en Navarre et se trouvait avec sa

  1. « Compendio historical de las cronicas y universal Historia de todos les regnos de España donde se describen las vidas de los reyes de Nararra y la succesion de les obispos de la santa Yglesia de Pamplona. » (Édition de Amberès, 1571. Esleban de Garibay.)