Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/548

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mettait sans cesse en contact avec les populations annexées et s’efforçait à les rattacher à sa monarchie. Ses exigences étaient modestes ; il ne tenait pas à des démonstrations bruyantes, enthousiastes, il se contentait des succès d’estime rehaussés par l’apparat des réceptions officielles et des revues militaires. Il avait à cet égard une théorie fort habile qui lui était inspirée par ses principes monarchiques. Il trouvait naturels et même légitimes les regrets qui se manifestaient dans ses nouvelles provinces, il eût été désolé de ne pas les rencontrer, car ces regrets étaient à ses yeux le témoignage le plus certain de leurs sentimens royalistes, et il ne doutait pas qu’après un large tribut payé au passé, elles n’en arrivassent insensiblement à comprendre d’elles-mêmes le bonheur d’avoir part aux bienfaits et à la gloire d’un grand état. Ce n’était pas lui, d’ailleurs, qui avait renversé les princes déchus, c’était la marche fatale de l’histoire, c’étaient les mystérieux décrets de la providence. C’est ainsi qu’il s’était exprimé dans le courant de l’été à Cassel et à Wiesbaden, c’est ainsi qu’il se serait exprimé à plus forte raison à Hanovre, s’il lui avait été permis de prendre officiellement et solennellement possession du pays des guelfes. Mais les populations hanovriennes étaient frondeuses, leur attachement à leur dynastie paraissait inébranlable, il eût été prématuré d’affronter leur accueil. Rachel refusait de se laisser consoler.

L’Allemagne présentait alors un singulier spectacle ; on la disait passionnée pour l’unité, et les élections pour le parlement du Nord, appelé à jeter les bases de sa grandeur future, s’étaient faites au milieu d’une indifférence générale qui avait permis au parti libéral de remporter dans les grands centres de faciles succès. Dans beaucoup de collèges, le résultat du scrutin, faute d’électeurs, n’avait pu être proclamé ; aussi appelait-on le Reichstag « le parlement de la minorité. » Il était atteint dans son prestige avant même d’être constitué. C’était une déception pour M. de Bismarck, un affaiblissement pour sa politique ; il ne lui était plus permis de se prévaloir, vis-à-vis de l’étranger, de l’irrésistibilité du sentiment germanique, pour justifier ses infractions au traité de Prague. L’Allemagne encore saignante semblait avoir abjuré ses rêves de grandeur. Tandis que le parti féodal prussien répudiait l’assimilation politique du Midi avec le Nord, le particularisme reprenait toute sa puissance en Bavière et en Wurtemberg. Le Main, qui au lendemain de Sadowa n’était qu’un mince filet d’eau, devenait un fleuve. Bavarois et Souabes s’en tenaient au statu quo. « La Confédération du Nord leur faisait l’effet d’une ratière qu’on n’avait pas même pris la peine d’amorcer. Les vents qui soufflaient de Berlin n’apportaient à leurs oreilles que le bruit des tambours, les murmures des contribuables, le râle obstiné du Hanovre qui ne pouvait se décider à mourir, et