Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/658

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


pas en droit de dire que la civilisation dessine surtout sa marche par les malheureux qu’elle laisse sur son chemin. Le parallélisme que l’on cherche à établir est absolument contraire aux faits. Quand on compare la situation des classes laborieuses d’aujourd’hui avec celle des ouvriers d’il y a deux cents, cent ou seulement cinquante ans, il est impossible de ne pas reconnaître qu’elle s’est améliorée. Elles possèdent plus de bien-être. Elles fournissent à la charité publique et particulière un nombre d’assistés qui va en diminuant. La moyenne de la durée de la vie humaine s’est élevée dans leurs rangs aussi bien que dans le reste de la population.

Deuxième point. — Proposer de dépouiller les propriétaires fonciers de la terre qu’ils possèdent d’une manière régulière et légale, c’est tout simplement conseiller la violation du huitième commandement de la loi de Moïse : « Tu ne déroberas point, » dont jamais les honnêtes gens ne se sont avisés de discuter un instant la conformité avec la loi morale. Les biens immobiliers sont des richesses tout aussi légitimes que les biens mobiliers. Ils représentent, en thèse générale, du travail, de l’économie, de l’ordre, de l’intelligence, capitalisés pendant une ou plusieurs générations. Le sol a été jusqu’ici acquis et conservé dans la certitude que c’était un titre des plus sûrs, et s’en emparer sans en rembourser la valeur ne serait pas seulement une spoliation, ce serait encore un ébranlement profond donné à cette base même de l’ordre social, la sécurité, hors de laquelle l’effort sérieux et l’épargne deviennent impossibles.

Troisième point. — Si l’appropriation du sol est un fait relativement récent dans l’histoire des sociétés, cependant il est démontré que la substitution de la propriété foncière individuelle à la possession collective marque une étape importante dans la voie du progrès.

Quatrième point. — La terre est mieux cultivée dans l’état actuel qu’elle ne le serait après une confiscation générale, car, pour se livrer à un travail persévérant et intelligent, il faut être stimulé par l’assurance que l’on profitera directement des sacrifices accomplis, et détruire le ressort de l’intérêt personnel, c’est du même coup diminuer considérablement la production.

Cinquième point. — On nous dit qu’il faut simplifier les jonctions du gouvernement et les réduire à leur minimum. Nous l’admettons volontiers, mais c’est pour cela précisément que nous n’ajouterons pas aux charges de nos hommes d’état le soin de gérer toute la propriété foncière aujourd’hui entre les mains des particuliers. Nous nous plaignons que la politique ne distingue pas toujours suffisamment entre l’intérêt public et l’intérêt privé, qu’elle excite