Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/844

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pécuniaires. Ce n’est pas là seulement un point de vue grossier, bien digne de démagogues ayant tout préoccupes des intérêts matériels ; c’est un préjugé d’ignorans, une erreur historique, une hérésie politique. Un budget des cultes n’est nullement le signe ou la condition de l’union de l’église et de l’état. Loin de là, cette union a duré des siècles en des pays où l’état ne servait aucun traitement au clergé, où l’église vivait de ses propres ressources, tout comme de nos jours aux Etats-Unis, sous le régime de la séparation. Bien mieux, dans le pays de l’Europe où l’église et l’état sont aujourd’hui le plus intimement associés, en Russie, l’église orthodoxe ne recevait naguère encore presque rien de l’état. C’est tout récemment qu’a commencé à s’introduire, dans les finances russes, une sorte de budget des cultes ou mieux du culte dominant. Jusque-là le clergé séculier, « le clergé blanc » vivait des libres redevances des fidèles, du casuel et de la vente des cierges. Cela n’empêchait pas l’église orthodoxe d’être légalement revêtue d’une sorte de monopole religieux ; cela ne l’empêchait pas d’être en possession de nombreux privilèges, de conserver ses tribunaux et même sa censure spirituelle : privilèges qu’elle payait naturellement au pouvoir en déférence et en dépendance.

Rien donc de plus erroné que de réduire le problème de la séparation de l’église et de l’état à une question de budget, à une question d’argent. S’il semble en être ainsi en France, c’est qu’ainsi que nous le constations tout à l’heure, il n’y a plus en France d’église d’état ; c’est que, depuis la révolution, il n’y a pas de véritable union entre l’église et le pouvoir civil ; qu’en fait le disestablishment est accompli, la séparation des deux pouvoirs presque entièrement effectuée. Puisqu’en France la séparation se borne pratiquement à la suppression du budget des cultes, examinons un instant la nature de ce budget, les raisons que l’on fait valoir pour le supprimer, les raisons qu’on leur oppose pour le maintenir.

L’état, disent les partisans de la séparation, et c’est là leur argument le plus fréquent aussi bien que le plus sérieux, l’état ne doit employer les deniers publics que pour des services publics. Or, l’entretien du culte et de ses ministres n’est pas, à proprement parler, un service public La religion relevant de la conscience individuelle, chaque citoyen étant libre de croire ou de ne pas croire, c’est à l’individu, c’est au croyant de pourvoir aux besoins de son église. L’état ayant renoncé à s’immiscer dans les querelles religieuses et se proclamant lui-même incompétent en matière de doctrine, l’état n’a pas à se mêler de l’entretien des temples pas plus qu’à, s’immiscer dars la nomination des dignitaires