Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/184

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la cause de la gratuité des écoles primaires était gagnée devant l’opinion et que les gouvernemens avaient cessé de la combattre. Déjà, sans remonter plus haut, le décret du 28 mars 1866 avait aboli la règle dite du maximum en vertu de laquelle l’autorité se réservait le droit de fixer le nombre des élèves gratuits. l’art d’après, un coup plus décisif encore avait été porté au système de la rétribution scolaire. La loi du 10 avril 1867 avait autorisé les communes à s’imposer 4 centimes additionnels pour établir chez elles la gratuité, sauf à recourir, en cas d’insuffisance, au budget de l’état. Grâce à ces mesures, la progression avait été très rapide. En 1867, le nombre des non-payans n’était encore que de 41 pour 100 ; en 1872, il s’élevait déjà à 53 pour 100 ; en 1865, la rétribution scolaire entrait encore pour 44 pour 100 dans le total des ressources du budget de l’instruction publique ; elle n’était plus, en 1878, que de 23 pour 100. Sur 3 millions 1/2 d’enfans, 2 millions 1/2 ne la payaient plus, et, sur un budget de 80 millions, elle ne produisait plus que 18 millions.

Devait-on s’en tenir là, laisser le mouvement gagner petit à petit les communes réfractaires et la transformation s’opérer graduellement, suivant les ressources et les besoins des localités ? Devait-on, au contraire, précipiter les choses et substituer un nouveau régime au système si libéral et si judicieux du législateur de 1867 ? Toute la question était là : question de mesure et d’économie bien entendue pour les uns, question de politique et de parti pour les autres.

Aux yeux du gouvernement, la gratuité relative avait un inconvénient grave : elle laissait subsister entre les jeunes Français des différences, des catégories incompatibles avec l’esprit de nos institutions ; elle répondait à tous les besoins réels, peut-être, mais elle était antidémocratique en ce qu’elle plaçait les deux tiers de la population scolaire dans une sorte d’infériorité vis-à-vis de l’autre tiers [1]. La monarchie de juillet, l’empire lui-même, en dépit de ses origines populaires, avaient pu tolérer une aussi choquante inégalité ; la république se devait à elle-même de la détruire.

Elle se devait aussi, — je ne traduis plus ici, j’interprète, — elle se devait et s’était promis de faire grand, plus grand que le régime antérieur, afin de l’éclipser et d’en abolir la mémoire. Qu’importait, en comparaison d’un si grand avantage, une économie de 15 ou 20 millions ?

A quoi l’opposition répondait : « Prenez garde ! vous nous parlez d’une vingtaine de millions ; vous serez comme toujours entraînés bien plus loin.

  1. Rapport de M. Paul Bert.