Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/194

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d’académie, qui continuera de nommer les instituteurs. Autres temps, autres opinions. Sous l’empire et même depuis, tant que les conservateurs avaient le pouvoir, le choix des instituteurs par la commune figurait au premier rang des revendications républicaines. Rayé cela aussi, comme la liberté de conscience et comme la liberté du père de famille ! Rayées du même coup, supprimées, contre toute justice, les garanties que les instituteurs libres trouvaient dans la composition des conseils départementaux. A l’avenir, ces conseils ne compteront plus, à l’exception de quatre conseillers généraux élus par leurs collègues, que des fonctionnaires publics auxquels se joindront dans « les affaires contentieuses ou disciplinaires intéressant les membres de l’enseignement privé, deux membres de cet enseignement nommés par le ministre. » Est-ce tout ? Non, et pourtant je ne fais que passer sur les plus durs articles de ce projet qui n’en compte pas moins de 67.

Même ainsi proscrit et mutilé, il était à craindre que l’enseignement libre ne conservât encore une nombreuse clientèle. Pour l’achever, on le frappe dans ses œuvres vives, à la source même, je veux dire dans son recrutement. Jusqu’ici les frères de la doctrine chrétienne avaient été dispensés du service militaire au même titre et pour les mêmes raisons que les instituteurs laïques, à la condition de se vouer à l’enseignement pendant dix années. Cette faveur avait même été étendue à d’autres associations. Désormais cet engagement ne pourra être réalisé que dans les établissemens d’enseignement public, c’est-à-dire par des laïques, puisqu’aux termes de l’article 17, il ne doit plus être fait aucune nomination de congréganistes. M. Paul Bert lui-même n’en demandait pas tant en 1880 : il se fût contenté d’un an de service militaire pour les futurs ministres des cultes, et dans son projet, les instituteurs laïques étaient traités sur le même pied que les autres. Mais les choses ont marché depuis, l’appétit est venu, et ce dernier coup porté par le vote du sénat à l’ancienne législation couronne bien l’ensemble de mesures inaugurées par l’article 7 et par les décrets de 1880. Il fallait ce trait final à cette œuvre de colère : il la complète et il achève d’en marquer le caractère haineux et mesquin.


VI

Telles ont été les diverses phases de la lutte engagée par la démocratie pour s’emparer de l’éducation dans ce pays ; lutte impie s’il en fut, détestable conflit, provoqué de sang-froid par un de ces risque-tout, comme il s’en rencontre toujours à point nommé dans les antichambres des princes ou dans les couloirs des assemblées, pour les besognes douteuses, reprise avec un peu