Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/240

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jours, auprès de ses électeurs du Lancashire pour expliquer sa scission avec M. Gladstone et sa résolution de combattre les projets ministériels. Lord Derby est tout acquis à la politique de lord Hartington, et M. Bright lui-même se rallie aux libéraux dissidens. Quant à M. Chamberlain et aux radicaux qui se sont séparés du ministère, ils persistent toujours à repousser le bill agraire. M. Gladstone, malgré toutes les oppositions qu’il rencontre parmi les libéraux comme parmi les conservateurs, ne perd pas sa confiance. L’énergique et éloquent vieillard semble ne plus sentir le poids des années dès qu’il est à l’action, et seul peut-être il en est encore à ne pas douter du succès de son entreprise. Il a toujours, sans doute, contre ses adversaires, cette grande raison que la hardiesse peut être quelquefois la sagesse, — que, en dehors de ses projets, il n’y a plus que la compression à outrance, et que la compression a été épuisée à l’égard de l’Irlande ; mais il a une autre force. Si hardi qu’il paraisse, il reste un politique. S’il est l’homme des grandes initiatives, il n’est pas aussi absolu qu’on le dirait dans la réalisation pratique de ses idées. Il écoute l’opinion et il sait se prêter aux transactions. Déjà, depuis le premier jour, il a de lui-même modifié ses projets, il peut les modifier encore de façon à rallier une fois de plus autour de lui cette armée libérale aujourd’hui divisée et à demi désorganisée. Qui peut dire ce que réserve de surprises cette campagne qui commence à peine, dont le prix peut être un acte éclatant de réparation nationale, — ou une redoutable crise pour l’Angleterre ?

Tel est le mouvement contemporain que les mêmes questions se retrouvent un peu partout, souvent presque sous les mêmes formes. Grèves de l’industrie, luttes entre le radicalisme et les influences plus modérées, problèmes de l’enseignement, ce sont les élémens invariables de la politique dans quelques pays, surtout dans des pays voisins de la France.

L’agitation industrielle ou plutôt révolutionnaire qui s’est produite il y a quelques semaines en Belgique n’a plus sans doute aujourd’hui la même violence ; elle n’est plus la guerre organisée avec son cortège sinistre de dévastations et d’incendies. Elle est loin toutefois d’être complètement apaisée ; elle se traduit encore en grèves partielles habilement entretenues ou ravivées par les agitateurs politiques, et le ministère conservateur qui est au pouvoir à Bruxelles reste en face des difficultés plus ou moins sérieuses que peuvent lui créer les chefs du radicalisme, avec les manifestations tumultueuses qu’ils préparent ostensiblement, audacieusement. De là pour la Belgique un état toujours assez grave ; mais, à côté de ce problème d’ordre public, de paix sociale qui intéresse, à vrai dire, ou plutôt qui menace tous les partis réguliers, constitutionnels, il y a une autre question qui n’est