Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/242

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d’échouer encore une fois. On n’a pas pu s’entendre justement sur la révision de l’ancien article constitutionnel qui a réglé jusqu’ici les conditions de l’instruction primaire en instituant des écoles publiques communales et en laissant aux partisans d’un enseignement confessionnel la liberté d’ouvrir des écoles à leurs frais. Cet article, qui date de 1848, avait été peu contesté autrefois, à une époque où les ardeurs religieuses n’avaient pas envahi la politique, où les protestans orthodoxes comptaient peu au parlement et où les catholiques marchaient avec les libéraux. Il y avait d’ailleurs, même dans l’enseignement public, une assez grande tolérance pour les catholiques du Limbourg comme pour les orthodoxes de la Gueldre. Depuis, tout a singulièrement changé. Les questions religieuses ont fait leur entrée dans la politique. Les protestans orthodoxes, ramenés au combat par un chef habile, ont repris, par degrés, une sérieuse influence dans les affaires publiques, et ils ont commencé à se plaindre de la situation privilégiée aussi bien que de l’esprit de l’enseignement officiel, des conditions ingrates et difficiles faites à leurs écoles confessionnelles. Les catholiques ont réclamé à leur tour, comme les protestans orthodoxes. Un mouvement assez vif n’a pas tardé à se manifester contre les écoles publiques, qu’on a accusées, là comme partout, de déguiser un enseignement athée sous le voile d’une neutralité trompeuse. Ce mouvement a redoublé lorsque, il y a quelques années, un ministère libéral a notablement augmenté le subside accordé par l’état aux écoles des communes. Bref, une réaction sensible s’est faite dans l’opinion, si bien qu’à la suite des élections dernières, la droite de la seconde chambre, composée de protestans orthodoxes, de catholiques et de quelques anciens conservateurs, s’est trouvée aussi nombreuse que les libéraux. Elle a été désormais assez puissante pour que rien ne pût être décidé sans elle.

On en était là lorsque s’est élevée de nouveau cette question d’une révision de la constitution devenue nécessaire, tant pour régler la succession au trône que pour faire passer dans le domaine des lois ordinaires les conditions du droit électoral et du service militaire. M. Heemskerk, chef d’un cabinet d’affaires qui a utilement servi son pays depuis quelques années, a cru sans doute être plus heureux que ses prédécesseurs, M. Kappeyne, M. Van Lynden. Les conservateurs, dont il avait besoin, ne lui ont pas refusé leur concours ; ils l’ont seulement subordonné à la révision de l’article de la constitution sur l’enseignement. Entre les conservateurs et les libéraux, M. Heemskerk s’est trouvé assez embarrassé. Vainement il s’est efforcé de désarmer la droite par une légère concession, par une combinaison qui laissait d’ailleurs l’école officielle intacte avec tous ses droits et ses immunités. Les conservateurs exigeaient que toutes les écoles publiques et