Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/328

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un battement de cœur et un accès de générosité. Il écrivit à sa sœur : « Je loue le ciel de votre heureuse délivrance. Le roi, l’état, la France, toutes les autres monarchies devront à votre courage, à votre fermeté et prudence leur délivrance. Tout ce qui est à moi est à vous : argent, troupes, enfin tout. Disposez librement. » Il donne aux Pays-Bas les ordres nécessaires ; il demande à la Sardaigne, à l’Espagne, aux Suisses, à la Prusse de prendre leurs mesures pour aider le roi de France ; il avertit le prince de Condé de se mettre à la disposition de Louis XVI : « C’est présentement du roi libre que dépendent tous les ordres à donner. »

Le 6 juillet, tout est bouleversé : la vérité se fait jour. « Figurez-vous mes inquiétudes pour les suites et conséquences, » écrit l’empereur à son frère Maximilien, évêque-électeur de Cologne. Ces conséquences, il ne les avait que trop redoutées et trop prévues ; au moins se trouvait-il prêt à les considérer de sang-froid et, dès le premier moment, ses plans furent arrêtés. Il s’adresse directement à tous les souverains : à la tsarine, aux rois d’Angleterre, d’Espagne, de Prusse, de Naples, de Sardaigne. Il n’a point de peine à trouver les motifs qui doivent les intéresser au sort du roi de France. Ces motifs sont évidens. Les princes, écrit-il, partageront l’indignation que lui a causée « l’attentat inouï » de l’arrestation de la famille royale et les craintes qu’il ressent pour les suites atroces qui en résulteront. Cet acte de violence imprime le sceau de l’illégalité sur tout ce qui s’est fait en France et « compromet immédiatement l’honneur de tous les souverains et la sûreté de tous les gouvernemens. » L’empereur engage les monarques à se concerter pour « revendiquer la liberté et l’honneur du roi très chrétien et de sa famille, et pour mettre des bornes aux extrémités dangereuses de la révolution française… dont il importerait à tous les gouvernemens de réprimer le funeste exemple. » Il en appelle à tous les états de l’Allemagne. Il mande à ses agens « d’animer et disposer les esprits de façon qu’on puisse agir bientôt et avec vigueur. » Cependant son éloignement pour les émigrés persiste. Il invite sa sœur Marie-Christine, régente des Pays-Bas, et il engage les électeurs de Cologne, de Trêves et de Mayence à « empêcher les Français et le comte d’Artois de faire des coups de tête. » Il avertit également ce prince : « Rien n’est possible que par le concert des puissances ; toute tentative isolée serait vaine et dangereuse. » Ces lettres expédiées, il se mit en route pour l’Autriche. « Je pars pour Vienne, écrivait-il à l’électeur Maximilien ; il est plus que temps de sauver notre sœur et d’étouffer cette épidémie française. »