Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/341

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pouvaient enfin, s’abandonnant à leur génie, sauver l’état à leur manière et travailler dans le grand. Ils ne perdirent point de temps, et leurs projets furent arrêtés dans une sorte de conseil qui ; se tint chez le roi de Suède, à Aix-la-Chapelle, le 5 juillet. [1]. Les comtes de Provence et d’Artois avec leur premier ministre in partibus, M. de Conzié, évêque d’Arras, s’y réunirent à Gustave. Ce prince qui avait déjà, le 27 juin, mandé à son ambassadeur, Staël, de rompre avec le gouvernement français, exposa comment il entendait renverser ce gouvernement et rétablir l’ancien ordre de choses. Ses projets furent adoptés par les princes. Le roi étant empêché, Monsieur devait prendre la régence, former un cabinet, envoyer des ambassadeurs, négocier des alliances. Les bons Français, en le soutenant, ne seraient point des rebelles, ils seraient, au contraire, des sujets fidèles luttant contre un pouvoir usurpateur. Le régent, à son arrivée en France, appellerait autour de lui les pairs, les grands officiers de la couronne, les évêques, les parlemens : il promettrait de conserver les anciennes lois du royaume et garantirait les droits des différens ordres. Le système qu’il s’agissait de rétablir était, en effet, l’ancien régime dans toute son intégrité, la « monarchie sans mélange, » comme on disait alors. Les décrets constitutionnels de l’assemblée, déclaraient les princes [2], « sont tellement détestables qu’il est impossible d’en rien conserver sans tout perdre. » « Le roi, remis en possession de son autorité, accordera à ses peuples tout ce qu’ils peuvent espérer, de sa bienfaisance. Il réformera les abus et fixera les bornes d’une liberté raisonnable. » Mais, jusque-là, point de composition ni de conciliation. « Il n’y en a aucune qui soit praticable. On ne peut pas composer avec le crime, on ne peut pas se fier à la perfidie, on ne peut pas traiter avec une assemblée nulle en elle-même. Ce n’est que par la force des armes qu’on subjuguera le fanatisme de l’opinion [3]. » Cette force serait irrésistible, Gustave en répondait. Se forgeant, d’après son imagination et les romans politiques de Calonne, une Europe de fantaisie, il voyait 35,000 Autrichiens envahissant la France par la Flandre, 12,000 Suisses entrant par la Franche-Comté ; 15,000 Sardes par le Dauphiné ; 20,000 Espagnols par les Pyrénées ; 16,000 Suédois et 8,000 Russes, sous ses ordres, débarqueraient en Normandie, occuperaient les rives de la Seine ; et affameraient Paris, tandis que les princes, avec les émigrés et les contingens

  1. Mémoire de Gustave III à Catherine, 9 juillet 1791. — Feuillet de Conçues, III, p. 395.
  2. Lettre à Catherine II, 31 juillet 1701. — Feuillet de Conches, II, p. 192.
  3. « Le comte d’Artois ne veut aucune négociation, mais la force, » — Journal de Fersen, 25 juillet 1791.