Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/364

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dira-t-on, est plutôt de notre temps que du sien. D’accord ; mais il est difficile de méconnaître que les mères sont à peu près absentes de son théâtre. Mme de Sotenville, de George Dandin, Mme Jourdain, du Bourgeois gentilhomme, Philaminte, des Femmes savantes, la comtesse d’Escarbagnas ont des enfans qui paraissent dans la pièce, mais elles n’agissent pas en tant que mères ; Mme de Sotenville est surtout une belle-mère, Mme Jourdain une femme révoltée, Philaminte un bel esprit mésallié, Mme d’Escarbagnas une veuve à prétentions. On pourrait, à la rigueur, supprimer leurs enfans sans rien enlever d’essentiel à la peinture de leurs caractères. En revanche, pour quatre pièces où les mères figurent à peu près, que de pièces où elles ne paraissent même pas ! Il semble souvent que le poète se soit arrangé, de parti-pris, pour se passer d’elles. Dans l’Étourdi et le Dépit amoureux, jeunes gens et jeunes filles n’ont que des pères : de même Madelon dans les Précieuses ridicules'. Célie, dans Sganarelle, est abandonnée à la direction morale de la suivante que l’on sait. Isabelle et Léonor, de l’École des maris, ont été élevées par des hommes, et peut-être leur manque-t-il, de ce chef, une fleur de délicatesse et de grâce féminine ; Agnès, de l’École des femmes, est orpheline ; Dorimène, du Mariage forcé, sorte de femme galante près de laquelle un rôle de mère était tout indiqué, vit entre un père et un frère qui. vivent d’elle. Dès la première scène de l’Amour médecin, Sganarelle marque expressément qu’il est veuf et qu’il en est bien aise ; dans le Médecin malgré lui, bien que le père de Lucinde ait eu nourrice un petit-enfant dont il est très fier, il n’est soufflé mot de la mère de Lucinde et du petit enfant. Morte la femme d’Harpagon, morte la mère de Julie dans Monsieur de Pourceaugnac ; veufs enfin Argante et Géronte dans les Fourberies de Scapin. Il semble pourtant que, dans plusieurs de ces pièces, la présence de mères aimables ou désagréables, sympathiques ou ridicules, loin de nuire à l’action, y pouvait introduire un intérêt de plus. Quelle est donc la cause de leur absence ? On ne saurait invoquer le respect de leur titre, ni quelque motif tiré des sujets. Ne serait-ce pas que Molière, homme d’observation et de vérité, s’abstenait de peindre des caractères qu’il ne connaissait point par expérience personnelle, ou encore qu’il ne songeait pas à mettre dans la vie des autres une influence qui s’était à peine exercée dans la sienne ?

Mais, s’il n’y a pas de mère dans ses comédies, il y a ; une marâtre, Béline, du Malade imaginaire, peinte avec une vérité frappante, et mobile dominant de l’action où elle est mêlée. Les commentateurs du poète s’y arrêtent volontiers, la plupart pour faire observer que Molière avait de ses yeux vu, dans la maison