Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/373

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Fourberies de Scapin, Scapin soutire à Géronte, sous prétexte d’arracher Léandre aux mains du Turc, les 500 écus nécessaires pour acheter Zerbinette. Il revient alors, tout fier, porter la somme à Molière, et, rien ne s’opposant plus à la conclusion du bail, celui-ci est signé le 12 septembre suivant.

Telle semble l’explication : la plus simple des relations que les papiers de Jean Poquelin nous révèlent entre Pinel et lui, et de l’entrée de l’écrivain dans l’Illustre Théâtre. Quant à la conjecture, récemment indiquée [1], d’après laquelle Jean Poquelin, au lieu de résister aux projets de ses fils, les aurait favorisés par l’entremise de Pinel, elle est en opposition complète avec le témoignage des anciens biographes de Molière, les actes authentiques sur les relations du père et du fils, et aussi la rancune persistante de celui-ci après les débuts de celui-là. Si le tapissier eût désarmé, il eût été vraiment de trop bonne composition.


V

Et, en effet, il ne désarma pas » Durant les quatre années qui vont suivre et qui comprennent la carrière accidentée de l’Illustre Théâtre, Molière aurait en grand besoin du secours paternel ; or, ce secours lui fit absolument défaut. Dès le milieu de 1644, les comédiens associés sont obligés d’emprunter 1,100 livres à messire Louis Baulot, maître d’hôtel du roi, par l’intermédiaire d’une sorte d’homme de paille, le sieur François Pommier ; et c’est pour eux le point de départ d’une série d’opérations désastreuses : les deux compères s’entendent pour leur faire payer très cher des services usuraires. Le 17 décembre suivant, second emprunt, de 1,700 livres, cette fois, aux mêmes prêteurs ; puis la troupe se transporte des fossés de Nesle au port Saint-Paul. Sa détresse ne fait que croître et elle en vient aux derniers expédiens, à l’emprunt sur gages : le 31 mars 1645, Molière « reconnoit et confesse volontairement que Jeanne Levé, marchande publique, lui a fait prêt de la sommé de 291 livres tournois, pour nantissement et sûreté de laquelle il lui a déposé deux rubans en broderie or et argent ; » et comme à l’échéance la vente du nantissement ne couvre pas le montant du prêt, le 20 juin Jeanne Levé obtient sentence contre son débiteur. Voilà Molière aux griffes des créanciers. Le 2 août, nous le trouvons emprisonné au Châtelet pour dette de 143 livres envers Antoine Fausser, marchand chandelier ; il demande sa liberté sous caution

  1. A. Vitu, le Jeu de paume des mestayers, 1883.