Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/395

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du monde. Le métal d’argent se mit à baisser, c’est-à-dire qu’il n’eut plus relativement à l’or la valeur que lui attribuaient les lois monétaires de l’Union latine ; on vit violer ce fameux rapport de un gramme d’or pour 15 grammes 1/2 d’argent qui apparaît à l’école dite bimétalliste comme correspondant à une sorte de loi sociale dont on ne saurait s’écarter sans les plus grands périls. Déjà, depuis le mois de février 1867, c’est-à-dire quatre ans avant la conversion monétaire de l’empire allemand, la valeur du métal d’argent avait été presque constamment, sur le marché de Londres, au-dessous de celle que lui attribuait le tarif de notre monnaie. Au lieu d’être avec l’or dans le rapport de 15.50 à 1, elle était presque toujours dans le rapport de 15.60 ou 15.65 à 1. Mais, à partir de l’année 1872, l’écart s’accentua considérablement : le rapport de la valeur de l’argent à la valeur de l’or fut de 15.64 à 1 en 1872 ; 15.93 en 1873 ; 16.16 en 1874 ; l’argent perdit ainsi successivement 2, 3 et à pour 100. Les pays de l’Union latine qui constituaient à eux seuls la région où l’or et l’argent exerçaient une sorte de condominium, y ayant tous les deux également, d’après un tarif fixé au commencement de ce siècle, la puissance monétaire souveraine, durent s’émouvoir d’un changement aussi considérable et qui semblait devoir s’accroître dans le rapport de valeur des deux métaux. Ils craignirent que, à la faveur de notre tarif monétaire devenu en contradiction avec les faits et trop manifestement défavorable à l’or, on ne la frapper en France, en Belgique, en Suisse, de plus en plus de monnaies d’argent, ce métal recevant un accroissement de valeur par la frappe en écus, et que l’on ne retirât de la circulation la plus grande partie de notre monnaie d’or, notre tarif légal pour ce métal étant devenu trop bas. Entrevoyant la difficulté de conserver pratiquement le double étalon et se voyant acculée à la nécessité d’avoir en fait l’étalon unique d’argent, si elle ne préférait établir en quelque sorte indirectement l’étalon unique d’or, l’Union latine prit avec quelque timidité ce dernier parti. La France y résista tant qu’elle put ; mais la Suisse d’abord, puis la Belgique, y poussèrent. L’Union latine suspendit donc d’une manière absolue le monnayage de l’argent.

Le mouvement de dépréciation de ce métal ne s’arrêta pas : il s’accéléra, au contraire, chaque jour. Au lieu du rapport classique et chez nous légal de 15 grammes 1/2 d’argent comme équivalent d’un gramme d’or, on cota successivement, à la Bourse de Londres, les rapports suivans : 16,63 en 1875 ; 17.80 en 1876 ; 17.19 en 1877 ; 17.96 en 1878 ; 18.39 en 1879 ; 18.05 en 1880 ; 18.24 en 1881 ; 18.27 en 1882 ; 18.65 en 1884 et 18.63 en 1885 ; c’est-à-dire que un lingot d’argent de 18 grammes 63 s’échangeait