Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/418

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productions destinées à l’exportation s’est restreint, une des causes en est que la France a converti de 1877 à 1880 la plupart des nations au protectionnisme. Nous avons donné l’exemple, on l’a suivi. Nous repoussons le blé étranger, le bétail étranger, les fils de coton étrangers, on repousse nos articles de Paris, nos soieries, nos meubles, nos vins. Le principal facteur de cette disproportion entre la production et la consommation de certains articles, c’est le tarif douanier. Il agit de deux façons, il prive l’exportation des débouchés auxquels elle était habituée, et il suscite à outrance des fabrications nouvelles qui, elles-mêmes, sont destinées à ne pas trouver d’écoulement. Enfin, les traités de commerce n’existant pour ainsi dire plus, puisqu’ils se réduisent presque dans la pratique à une clause qui ne comprend aucune fixité de droits, à savoir la clause de la nation la plus favorisée, il en résulte une prodigieuse instabilité dans les tarifs et, par conséquent, dans les rapports internationaux. L’incident récent de la Roumanie, celui aussi de la Roumélie en sont les preuves. Nul ne peut savoir quelques mois d’avance les droits exacts qu’il devra payer pour l’introduction de ses marchandises dans un pays déterminé. A toutes les incertitudes qui menacent le cours régulier du commerce s’en joint une qui est l’œuvre des hommes, les variations incessantes de la politique économique internationale.

Un autre artisan de la crise, c’est l’exagération des travaux publics entrepris par les états. Tout le continent européen et, par imitation, quelques contrées lointaines, la république argentine, les républiques australiennes, se sont jetées à corps perdu dans les vastes entreprises réputées d’utilité publique. L’idée que les grands travaux ne peuvent pas être indéfinis, que leur efficacité est bornée, qu’au-delà d’un certain degré ils se nuisent les uns aux autres et n’apportent plus aucune aide, aucun stimulant durable à l’industrie d’un pays, cette idée si simple et si vraie devient étrangère aux têtes frivoles qui gouvernent les nations parlementaires, et surtout les peuples démocratiques. Qu’il ait une demi-douzaine de bons ports de premier ordre, un pays étendu en tire beaucoup de profit ; mais quand on mettrait en ports les mille criques qui coupent les côtes d’un grand pays, quel avantage réel en résulterait-il ? C’est comme si un particulier, au lieu d’avoir une, deux ou trois portes pour entrer dans sa maison et pour en sortir, s’avisait de mettre en portes tout le rez-de-chaussée. Il en est de même pour les chemins et pour les canaux. Au-delà d’une certaine étendue, ils ne servent plus à rien qu’à enlever des terrains à la culture. Le propriétaire intelligent d’un domaine de 50 hectares ou de 100 hectares n’aura pas l’étrange idée de multiplier les chemins à l’infini et ne se dira pas que plus il en aura, plus il s’enrichira. Il les considérera, au contraire, comme des