Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/419

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charges qu’il faut répartir avec intelligence et réduire au nécessaire. Il n’en va pas autrement des chemins de fer pour une nation. Dans un pays de 500,000 kilomètres carrés, les premiers 20,000 kilomètres de voies ferrées ont une utilité merveilleuse, les 5,000 suivans en ont une beaucoup moindre, les 5,000 encore qui viennent après ces deux premières séries sont presque de la superfétation, cette sorte de luxe à laquelle on peut pourvoir par un prélèvement sur ses revenus, mais qu’il serait déraisonnable de doter avec son capital : au-delà de ce chiffre, tout ce qui se construit en voies ferrées ne sert plus qu’à la commodité de quelques voyageurs et ne fait pas produire au pays un hectolitre de blé ou un hectolitre de vin au-delà de ce qu’il produisait auparavant. Tout nouveau kilomètre de chemin de fer que l’on ouvre en France produit une recette brute de cinq à six mille francs ; mais, ce à quoi l’on ne prend pas garde, c’est que ce même trafic même n’est pas du trafic nouveau ; les quatre cinquièmes de cette médiocre recette sont simplement détournés des lignes voisines parallèles. Cette activité effrénée, irréfléchie d’un grand nombre d’états pour des travaux publics inutiles, chemins de fer, canaux, voies de terre, ports, a ajouté à la fois aux charges et à l’instabilité de l’industrie. Elle a contribué à arracher au travail régulier de la terre des masses d’ouvriers, à faire hausser soudainement les salaires, à rendre les ouvriers en même temps plus exigeans et plus indisciplinés ; elle a donné un développement factice à l’industrie métallurgique ; enfin, elle a jeté le désordre dans les budgets, creusé les déficits, nécessité des impôts énormes, grossi les dettes publiques ou ajourné leur amortissement. Beaucoup de cervelles légères pressent encore aujourd’hui l’état de venir au secours des ouvriers qui souffrent en modifiant la législation et en ouvrant des chantiers. Si tous ces donneurs de conseils voulaient prendre la peine de réfléchir, ils verraient que toute intervention de l’état sur le terrain économique est essentiellement perturbatrice ; c’est un élément d’instabilité, de désarroi, de désordre et de gaspillage. Tant par les lois douanières, qu’ils font et qu’ils défont sans cesse, que par toutes les modifications dont ils menacent la propriété minière, parfois la simple propriété foncière, le libre exercice des industries et la liberté des contrats, par les travaux publics inconsidérés qu’ils entreprennent, par tous les emprunts qu’ils contractent, toutes les places nouvelles qu’ils créent, le parasitisme qu’ils développent, les états, en mouches du coche bourdonnantes, sont pour beaucoup dans la crise économique actuelle ; ils ont contribué à la faire naître, et ils contribuent à la prolonger.

L’une des premières conditions pour abréger la durée de cette crise, ce serait d’atténuer les rigueurs du régime protecteur et de