Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/420

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renoncer à tout socialisme d’état. La production trouverait alors un écoulement plus naturel, et, se déversant régulièrement sur le monde, sans être à chaque instant arrêtée et déconcertée par des barrières changeantes, les marchandises répondraient mieux aux besoins de la consommation. Pour que cet équilibre entre la production et la consommation se rétablisse partout, il faut, d’un côté, que le prix de revient de la production diminue, et, de l’autre côté, que de nouvelles habitudes chez les consommateurs aient le temps de se former. Puisqu’on a vu que la généralité des produits de l’humanité, sauf quelques objets exceptionnels, ne peuvent dépasser les besoins si variables et les désirs si extensibles des hommes, la formule si usitée « d’excès de production, » veut simplement dire que l’on produit trop chèrement pour les moyens d’achat des consommateurs ou que l’on a devancé chez ceux-ci des habitudes qui ne sont pas encore nées, mais qui naîtront avec le temps. Il faut donc abaisser le prix de revient ; et divers facteurs y peuvent contribuer : l’état, en diminuant les impôts et en réduisant le nombre de ses fonctionnaires. Si le gouvernement français eut été pourvu d’un peu plus de prévoyance depuis sept ou huit ans, il eût pu aisément, pendant cette période de paix, l’une des plus longues qu’ait connues la France, diminuer de 200 ou 300 millions de francs le poids des impôts. Il eût été aisé, par exemple, de réduire à 1 pour 100 le droit sur les transactions immobilières, de supprimer l’impôt sur les transports à grande vitesse des marchandises, de réduire des trois quarts la taxe sur le transport des voyageurs, d’abolir certains droits d’enregistrement et de timbre. Avec un peu d’économie également, les municipalités eussent pu renoncer à un bon nombre de centimes additionnels sur les patentes et à celles des taxes d’octroi qui portent sur les matériaux et le combustible. Ainsi l’état eût contribué à la diminution du prix de revient de la production dans le pays. Si, au lieu de multiplier à grands frais les entreprises de travaux publics stériles, l’état s’était entendu avec les compagnies de chemins de fer, ce qui lui eût coûté un moindre sacrifice, pour diminuer de 1 centime en moyenne ou de 1 centime 1/2 le prix de transport par tonne et par kilomètre des marchandises françaises destinées à la consommation des grands centres ou à l’exportation, ou bien encore s’il eût amené les compagnies de chemins de fer à instituer, dans des conditions de rémunération modique, un service de transport de marchandises accéléré qui tînt le milieu entre la grande et la petite vitesse, l’état eût encore contribué d’une manière efficace à abaisser le prix de revient des marchandises françaises. Cette conduite eût été bien plus intelligente que celle qui a consisté à créer des canaux de navigation dont personne ne se sert, des ports secondaires ou tertiaires