Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/423

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relâchés, doivent reprendre chez les peuples occidentaux les habitudes de régularité et de conscience dans le travail qui étaient autrefois en honneur et sur lesquelles on veut maintenant jeter le discrédit. Peut-être même, dans beaucoup de cas, sera-t-il nécessaire que les salaires surélevés de ces dernières années diminuent. On y trouvera une compensation dans un travail plus régulier et dans la baisse de la généralité du prix des choses nécessaires à la vie.

Pour que la consommation partout se mette au niveau de la production, il ne suffit pas que le prix de revient baisse par de moindres prélèvemens de l’état sur la production, par une diminution naturelle et graduelle de l’intérêt et des profits du capital, par une efficacité supérieure et même parfois par la réduction de la rémunération du travail de l’ouvrier, il faut encore de nouveaux agencemens commerciaux. Dans la plupart des pays, et en France plus qu’ailleurs, l’organisme économique est surchargé de rouages superflus. On se trouve dans une situation singulièrement anormale ; les produits baissent chez le producteur et ne baissent pas pour le consommateur. Le nombre des intermédiaires grossit au fur et à mesure que s’accroît cet écart entre le prix de revient en gros et le prix de vente au détail, si bien que ces intermédiaires eux-mêmes ne font pas de brillantes affaires. Il suffit de rappeler ici qu’à Paris il y avait, en 1854, 1 boulanger pour 1,800 habitans, et qu’aujourd’hui il s’en rencontre 1 sur 1,300. Le développement très rapide de l’instruction et la généralisation de l’aisance, qui ont contribué simultanément à faire dédaigner les métiers manuels, sont les causes principales de cette absurde organisation. Il en est de même à peu près dans tous les métiers. Les conséquences de ce fâcheux état de choses sont doubles : un grand nombre de personnes se trouvent perdues pour le travail de la terre ou pour celui de l’atelier ; et c’est encore là un accroissement des frais généraux de l’ensemble de la production ; en second lieu, le consommateur ne profite pas ou profite peu de la baisse des prix ; par conséquent, il n’étend pas ou il étend peu ses consommations. L’équilibre entre une production accrue et une consommation qui reste à peu près stationnaire ne peut ainsi s’établir. L’état n’a rien à voir dans cette question. Mais les producteurs, d’un côté, les consommateurs, de l’autre, pèchent par négligence. Les uns et les autres devraient se réunir pour créer des magasins qui vendissent au consommateur les diverses denrées avec un très faible écart entre le prix de gros et le prix de détail. A défaut de ces syndicats libres entre les producteurs ou les consommateurs, il conviendrait au moins que des compagnies ou des hommes d’initiative prissent en main la réforme du petit commerce. Il y a toute une réorganisation à entreprendre pour faire profiter