Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/427

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


alliance, en vue d’une guerre avec l’Allemagne, qu’ils prévoyaient prochaine. « Ce n’est pas tout, disaient-ils, d’aller à Rome, le difficile sera d’en sortir. N’est-il pas préférable, dès lors, de nous débarrasser de la question romaine et de la résoudre une fois pour toutes, à l’amiable, avec l’Italie qui, mal engagée, se montre accommodante et nous propose un congrès ? » De toutes les objections qu’ils soulevaient, c’était la plus sérieuse. Il était sage, assurément de ne pas froisser notre alliée de 1859 et de faciliter à son gouvernement les moyens de se tirer du mauvais pas où, de gaité de cœur, elle s’était engagée à la suite de la révolution. Il eût été habile de profiter de la crise dans laquelle l’Italie se débattait pour sortir des équivoques d’une convention mal conçue, mal libellée, fournissant matière à d’irritantes controverses, et d’assurer au saint-siège, fût-ce au prix de sacrifices, de solides garanties, solennellement consacrées par toutes les puissances catholiques. Mais qui pouvait répondre de la bonne foi de l’Italie ? Ne venait-elle pas de prouver qu’elle méconnaissait ses promesses, qu’elle sacrifiait tout, les amitiés et les traités, à ses intérêts, à ses passions ? N’avait-elle pas, au mépris de la confraternité récente de nos armes, scellée sur les champs de batailles de la Lombardie, cherché à nous mettre aux prises avec la Prusse ? N’avait-elle pas spéculé sur nos défaites ? La France devait-elle manquera sa parole, renoncer à sa politique traditionnelle, parce qu’il plaisait à l’Italie d’affirmer qu’il lui fallait Rome ?

Tels étaient les argumens qui se croisaient autour d’un souverain hésitant, partagé entre le désir de ne pas s’aliéner un pays qui lui était cher, dont il avait fait le pivot de sa politique et la nécessité de ne pas méconnaître ses devoirs envers la France.

Le maréchal Niel et le marquis de Moustier étaient d’accord ; ils étaient décidés à ne consentir à aucune transaction. Lorsqu’ils virent l’empereur, si résolu à Biarritz, ébranlé depuis son retour à Paris par les agissemens de la diplomatie italienne, et prêt à céder à ses instances, ils offrirent leur démission. « Si l’Italie, disaient-ils, viole la convention du 15 septembre et permet à la révolution de pénétrer dans les états du saint-siège par des frontières volontairement mal gardées, le devoir de la France est de ne pas laisser protester sa signature à la honte de l’Europe. »

A Rome, tout le monde avait les yeux fixés sur Paris ; à Florence, on se préoccupait moins de Paris que de Berlin ; on croyait que le sort de l’Italie était entre les mains de la Prusse, c’est de M. de Bismarck que M. Rattazzi attendait le salut ; il s’imaginait qu’il suffirait au ministre prussien de dire un mot, de manifester hautement son assentiment aux revendications italiennes, pour donner à réfléchir à la France et la faire reculer. Mais le chancelier ne sortait pas