Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/446

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Parmi les frais lilas, les renaissans feuillages,
Par ce printemps qui chante et rit dans les villages,
Par ce dimanche clair, fillettes au front pur
Qui marchez vers la messe entre les jeunes branches,
Avez-vous pris au ciel, communiantes blanches,
Vos robes de lumière où frissonne l’azur ?

Je le croirais à voir votre frêle cortège
S’épanouir au jour, dans sa candeur de neige,
Sous la brume du voile aux flots éblouissans ;
A la douce pudeur de vos bouches de vierges,
Au mignon bouquet d’or qui fleurit vos grands cierges,
Au paradis qui luit dans vos yeux innocens.

Comme tout alentour vous bénit et vous fête !
Les vieux chaumes moussus ont émaillé leur faîte
Et leur courbe arrondit de plus souples contours.
Tout brille. L’herbe tendre et d’aurore arrosée
D’où s’élève l’encens de la blanche rosée,
Déroule sous vos pas ses marges de velours.

Vos plis de tulle, au vent, vous font des ailes d’anges ;
Moins blancs sont les pigeons sur les hauts toits des granges ;
Moins blanche est l’aubépine aux rameaux embaumés !
Et vous allez ainsi vers l’antique chapelle
Où, ceint de verts tilleuls, le clocher vous appelle
Et dresse au blanc soleil ses angles allumés.