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Odéon : le Songe d’une nuit d’été, féerie, d’après W. Shakspeare, par M. Paul Meurice.


Il est encore temps, je l’espère, d’affirmer dans Paris que Shakspeare est un grand poète ; mais il n’est que temps. Après Hamlet froidement accueilli à la Porte Saint-Martin, six semaines après, voilà le Songe d’une nuit d’été mal reçu à l’Odéon : le crédit de l’auteur est épuisé. Va-t-il continuer de « travailler pour le théâtre ? » Alors, plaignons-le : les directeurs se méfient : « Shakspeare, c’est un Bergerat. Qu’il aille se faire pendre à Bruxelles ! » Et les directeurs ne sont pas seuls prévenus ; mais la masse du public, et même quelques gens d’esprit, qui se piquent d’être avec les gens de « bon sens. »

Deux avertissemens pareils, coup sur coup, c’est assez pour mettre leur esprit en campagne et le décider à conduire la revanche du bon sens (et jusqu’où n’ira-t-elle pas ? Le bon sens enragé, dans ses retours offensifs, est impitoyable), contre ce « sauvage » envahisseur, qu’on est las d’entendre appeler le plus grand des hommes. Ces meneurs de représailles, causeurs modérés et sourians, abordent les amis de Shakspeare, même les plus tempérés naguère et ceux qui entendaient le mieux raillerie ou critique à son sujet, avec une petite moue de commisération ironique : « Eh bien ! et votre Shakspeare ? .. Non, je le sais, vous n’avez jamais prétendu qu’il fût à vous ; ni, par conséquent, qu’il fût parfait : vous n’étiez pas de ceux-là. Mais enfin, vous aviez pour lui des faiblesses. Quand je vous disais que vous aviez tort ! .. Voyez-vous ce tort, à présent ? Eh bien ! justement, puisque vous n’êtes pas de la bande, retirez-vous à temps de la bagarre, ne vous laissez