Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/715

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devoir de communiquer à M. le président de la république le mariage de son fils, le duc de Bragance, et M. le président Grévy, en chef d’état bien appris, s’est hâté d’envoyer ses plus chaleureuses félicitations au souverain portugais. Ce n’est pas tout. Notre ministre à Lisbonne, M. Billot, a été nommé ambassadeur extraordinaire pour la circonstance, pour représenter la France aux fêtes du mariage, et M. l’ambassadeur extraordinaire Billot, qui avait évidemment reçu des instructions, a rempli sa mission comme il le devait, en tenant le langage qu’il était autorisé à tenir. Il a porté au palais des « Necessidades » le témoignage de l’intérêt de M. le président de la république pour la famille royale de Bragance, et, comme il l’a ajouté, « de la sympathie avec laquelle son gouvernement envisage une union qui doit établir un lien de plus entre les deux nations. » Il a insisté sur « les conséquences de cet heureux événement pour les relations de la France avec lé Portugal. » Et le roi dom Luiz, à son tour, a mis la plus vive effusion dans sa réponse toute cordiale. Il n’a pas caché le plaisir qu’il éprouvait à entendre dire par l’ambassadeur que, dans l’opinion du gouvernement français, « l’heureux événement à la veille de se réaliser en Portugal, — réalisé aujourd’hui, — doit constituer un lien de plus entre les deux pays. » Il s’est plu à représenter, comme le gage d’une amitié durable, a l’extrême faveur avec laquelle l’opinion publique, en Portugal, — c’est le langage du roi dom Luiz, — a accueilli la nationalité de l’épouse de mon bien-aimè fils… » Voilà, direz-vous, qui est au mieux, c’est la France que le roi de Portugal honore avec tact dans la jeune femme du prince royal ! Malheureusement, pendant qu’on parle ainsi à Lisbonne, tout est effarement à Paris. Au langage affectueux du roi dom Luiz on répond par la proscription du père de cette jeune princesse saluée comme le gage vivant de l’amitié des deux pays, par la chasse aux princes ! Franchement, que voulez-vous qu’on pense de ce gouvernement en Portugal et un peu partout ? Quelle opinion veut-on que les étrangers se forment de la fixité de notre politique, de la sûreté des rapports avec nous ? On se moque non pas de la France, mais de ce gouvernement de parti qui est toujours occupé à démentir ses paroles par ses actes, ou ses actes par ses paroles, qui compromet nos relations avec la Russie parce qu’il a besoin de disposer d’une ambassade, et nos relations avec le Portugal parce qu’il est serré de près par les radicaux.

De sorte que, sous prétexte de défendre la république contre des menaces et des périls imaginaires, on va gratuitement au-devant des difficultés intérieures, des embarras extérieurs, qu’on se crée sans raison et sans prévoyance ; on agite la France au dedans, on l’isole au dehors. Et à quoi toutcela peut-il conduire ? La question est posée, dit-on, il faut la résoudre. D’abord elle ne serait pas posée si les radicaux ne l’avaient pas soulevée, — un peu peut-être contre le ministère lui-même, —