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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 juin.

C’est certainement une grande pitié de voir ce que les passions les plus vulgaires et les plus aveugles peuvent faire de la politique d’un pays comme la France. C’est une grande misère morale que tous les intérêts d’une nation, intérêts de paix intérieure, intérêts de considération extérieure, puissent être oubliés, méconnus ou mis en suspens parce que quelques boutefeux de parti poussent un cri de guerre contre des princes, hôtes paisibles de leur patrie, et parce qu’un gouvernement n’ose pas résister à des violences dont il sent lui-même l’iniquité.

Aujourd’hui encore, même aujourd’hui, après ce qui vient de se passer, il n’est douteux pour personne que M. le président du conseil, avec un sentiment plus fier de sa position et de son rôle, aurait pu détourner de la France, nous pourrions dire de la république, l’humiliation ou l’amertume d’un retour soudain à la politique des mesures exceptionnelles en pleine paix. Il l’aurait pu en montrant dès le premier jour quelque fermeté, en opposant une attitude nette et décidée à un mouvement tout factice suscité par des passions extrêmes et des calculs inavoués, en restant sur le terrain où il s’était placé il y a trois mois. Il n’avait qu’à le vouloir, il aurait probablement tout arrêté, en déconcertant d’un seul coup les violens et les tacticiens. Le malheur est que M. le président du conseil n’a pas l’habitude des longues résistances, que les partis connaissent la mesure de ses résolutions, qu’ils savent la manière d’avoir raison de cette volonté flexible et prompte aux capitulations. M. de Freycinet a cru plus habile de capituler pour n’être pas battu, d’enlever à des adversaires plus ou moins