Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/955

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pas pressée d’accepter sa médiation. Il ne s’est pas tenu pour battu, et puisqu’on ne voulait pas de son arbitrage officiel, il s’est donné la mission d’un arbitre officieux. Il est allé à Decazeville pour prêcher la paix aux ouvriers et il leur a prêché la paix d’une étrange façon, en leur disant, il est vrai, qu’ils n’avaient rien de mieux à faire qu’à reprendre leur travail, mais qu’ils devaient en même temps créer une caisse de résistance pour se préparer à des grèves nouvelles, pour soutenir la guerre contre l’oligarchie financière. M. Laur, pour mieux encourager les grévistes à rentrer dans les mines, avait découvert une belle combinaison : il leur proposait de suppléer à ce que la compagnie leur refusait par une souscription publique, par des subsides que le parlement ne manquerait pas de leur accorder à première réquisition. Il leur a tenu bien d’autres discours : il leur a dévoilé la grande conspiration des « orléanistes » de la compagnie, qui ont juré de faire haïr la république en les affamant et de renouveler les journées de juin en faisant tirer sur le peuple ! M. le député radical Laur a continué avec avantage M. Basly et les autres. C’est ainsi que, depuis trois mois, on cherche un remède à la crise industrielle et on rétablit la paix ! Les agitateurs triomphent : ils ont prolongé la grève le plus qu’ils ont pu et, pendant ce temps, la misère a envahi la contrée ; toute une population industrieuse reste ruinée pour des années.

Eh bien ! en présence de ces menées cruelles des agitateurs, de toutes ces tentatives pour dénaturer et envenimer une crise toujours assez grave par elle-même, qu’ont trouvé à dire ces républicains qui demandent qu’on gouverne ? Qu’a fait le gouvernement, s’il y a un gouvernement ? Il a maintenu l’ordre matériel, à la vérité, grâce à un commandement militaire aussi prudent que ferme. Il a laissé faire tout le reste, pour clore cette malheureuse campagne par des cotes mal taillées en proposant une nouvelle loi sur les mines pour faire plaisir aux radicaux et en nommant une commission d’ingénieurs chargée de supputer des équivalences de salaires. La grève finit maintenant d’épuisement : l’œuvre de démoralisation et de ruine reste dans tous les cas accomplie.

Autre exemple qui n’est pas moins curieux et moins significatif. Paris, on le sait bien, est en possession d’un conseil municipal qui a tous les privilèges, y compris le privilège du ridicule. C’est entendu depuis longtemps, cet étrange conseil ne craint rien ; il a le droit de se livrer à toutes les fantaisies et même d’exposer la ville qu’il représente à devenir un objet de suspicion ou de dérision pour le monde. Il prétend tout régler, tout trancher, et il se moque parfaitement de la loi, des pouvoirs publics, des intérêts traditionnels de la cité aussi bien que des convenances. Il vote, il manifeste, il ne connaît pas d’obstacles. Depuis quelques jours surtout, la représentation est complète. Oh ! par exemple, s’il s’agit d’une institution d’humanité destinée à