Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/959

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dans le dernier ministère conservateur, sir Michael Hicks-Beach, a continué le combat énergiquement, avec assez de réserve toutefois pour ne pas effaroucher les libéraux. M. Parnell, à son tour, s’est jeté dans la mêlée pour l’Irlande, pour le ministère. M. Gladstone, enfin, s’est chargé de résumer le débat et de dire le dernier mot ou de porter le dernier coup, sans dissimuler le chagrin qu’il éprouvait de rencontrer d’anciens amis parmi ses adversaires. Quand tout a été dit, à une heure du matin, le scrutin s’est ouvert au milieu d’une indescriptible émotion, et on n’a pas tardé à savoir que le ministère n’avait que 311 voix, que l’opposition avait 341 suffrages : c’était la défaite de l’home rule ! Aussitôt, les cris ont éclaté parmi les Irlandais et les ministériels, qui ont salué M. Gladstone de leurs acclamations et poursuivi les vainqueurs de leurs murmures, accompagnés de grognemens de toute sorte. Le résultat n’était pas moins acquis, et, avant de se dérober aux tumultueuses ovations des Irlandais, M. Gladstone n’a eu que le temps de demander au parlement de s’ajourner jusqu’aux résolutions qui deviennent inévitables après le dernier vote.

Quelles seront maintenant ces résolutions ? On ne peut plus évidemment sortir de là que par une dissolution du parlement. Le principal chef de l’opposition victorieuse, lord Hartington, eût-il été appelé au pouvoir par la reine et eût-il réussi à former un ministère en s’alliant avec les conservateurs, ce n’eut été qu’un cabinet de coalition qui n’aurait bientôt plus eu de majorité, s’il en avait eu une dès le premier jour, qui était lui-même obligé de dissoudre le parlement. Cette dissolution, elle était dans toutes les prévisions ; elle s’imposait aux libéraux dissidens ou aux conservateurs arrivant au pouvoir, comme elle s’impose à M. Gladstone gardant le ministère. De toutes parts, on n’a cessé de répéter depuis quelque temps que le pays n’avait pas été consulté sur la politique nouvelle proposée pour l’Irlande ; le dernier vote de la chambre des communes ne fait que précipiter cette consultation. La question a été agitée et provisoirement tranchée dans le parlement, elle passe désormais devant le pays : la lutte entre dans une phase nouvelle. C’était inévitable ; il n’est pas moins vrai que cette dissolution, devenue aujourd’hui une nécessité, acceptée ou subie par la reine, préparée et conduite par M. Gladstone, s’accomplit dans des conditions singulièrement redoutables pour l’Angleterre. Au premier abord, la lutte qui se prépare, pour laquelle tous les partis s’organisent déjà, semble assez simple : elle s’engage entre deux politiques, entre ceux qui suivent passionnément M. Gladstone, qui, sur la foi de sa parole, prennent pour programme l’émancipation de l’Irlande, et ceux qui, plus préoccupés de l’unité de l’empire, fidèles aux vieilles traditions britanniques, résistent à ce qu’ils considèrent comme une utopie périlleuse pour les trois royaumes. On votera pour le home-rule