Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 82.djvu/624

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


sous le nom de Saint-Simon et sans réclamation de son élève, dans une publication oubliée, portant pour titre : le Contrat social. L’année suivante, en 1823, Saint-Simon commença une nouvelle publication sous le titre de Catéchisme des industriels ; et, après en avoir publié deux cahiers, il en annonça un troisième sur le Système scientifique et le système d’éducation, ce travail devant être confié à son élève Auguste Comte ; mais celui-ci s’y refusa. Fatigué d’être absorbé par la personnalité du maître, il ne voulait plus être son porte-voix. Saint-Simon, ainsi pris de court, au lieu du travail nouveau qu’il avait promis, n’eut d’autre ressource que de reprendre le travail de Comte publié déjà l’année précédente, et le donna sous cette nouvelle rubrique : Troisième cahier du Catéchisme des industriels. C’est le titre que porte cet ouvrage dans la bibliographie saint-simonienne. Auguste Comte protesta contre cette publication et demanda un tirage séparé, auquel il donna lui-même un titre différent du précédent, à savoir : Système de politique positive, titre qu’il a de nouveau, plus tard, mis en tête du grand ouvrage en quatre volumes qui contient sa seconde philosophie. Il y inscrivit son nom, tout en consentant à ajouter encore ce qualificatif : élève de Saint-Simon. La rupture n’était pas encore tout à fait complète ; et, pour ménager les droits de chacun, il fut convenu que l’ouvrage serait précédé de deux avertissemens, l’un de Saint-Simon, l’autre d’Auguste Comte, pour exprimer les vues séparées de l’un et de l’autre. Ces deux avertissemens sont propres à nous faire comprendre l’origine et la raison de la rupture.

L’époque où Auguste Comte rompait avec Saint-Simon était précisément celle où celui-ci, sans renoncer à ses vues sur l’industrialisme et sur la science, commençait cependant à donner de plus en plus à ses conceptions une couleur sentimentale et religieuse. C’est le moment où il commençait à faire école et à grouper autour de lui une pléiade de jeunes gens qui eux-mêmes, sous l’influence des dernières prédications de Saint-Simon, devaient changer plus tard l’école en église. Olinde Rodrigue, Bazard, Enfantin furent, on le sait, les apôtres de cette nouvelle église. Le Nouveau christianisme, dernier ouvrage de Saint-Simon, devait en être l’évangile. Dans ce dessein, Saint-Simon ne voulait plus seulement pour collaborateurs des savans ; il voulait des artistes, des moralistes, des philosophes. On comprend que ce retour à la théologie et à la métaphysique ne fût pas du goût d’Auguste Comte, dont il contredisait et démentait les opinions fondamentales. Que, plus tard, il ait à son tour lui-même donné l’exemple d’un démenti du même genre à sa propre philosophie, qu’il soit revenu dans sa philosophie subjective, à une phase néo-religieuse, c’est ce qu’il ne pouvait pas encore prévoir.