Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 86.djvu/663

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ignorons, d’autre part, si on ne la trouverait pas, en hiver, dans les eaux du Maroc, où la température de la mer est à peu près la même qu’en été sur nos côtes.

Pouvons-nous au moins supputer l’âge de la sardine de rogue quand elle fait son apparition dans nos eaux ? En pouvons-nous tirer quelque indication sur la durée ou l’étendue de ses déplacemens ? Pendant la dernière saison, le 10 juin, on vit tout à coup apparaître des bancs de très petites sardines longues de 3 à 4 centimètres seulement. Elles arrivaient en quantités innombrables, au point que les pêcheurs s’en dirent gênés. Elles se jetaient avidement sur la rogue, en pure perte, les filets n’ayant pas de mailles assez fines pour un pareil fretin. Depuis trente ans, jamais sardines plus jeunes ne s’étaient montrées sur nos côtes ; quel était leur âge ? On possède sur la croissance des poissons quelques données se rapportant à des espèces fort différentes, et qui cependant concordent assez bien : de sorte qu’on est en droit, jusqu’à un certain point, de les étendre à tous les poissons. Le développement des saumons et des truites a été soigneusement étudié par Coste au Collège de France, et par M. Jousset de Bellesme à l’aquarium du Trocadéro, qui a rendu par ce côté d’importans services. Le hareng de la Baltique, enfermé dans une mer peu profonde, est depuis longtemps, à Kiel, l’objet d’études suivies. Le saumon, la truite, le hareng, grandissent assez sensiblement, à raison de 0m, 01 par mois. En appliquant cette règle à la sardine, on trouve que les bancs de poissons de 0m,03 à 0m,04, vus cette année, devaient avoir trois ou quatre mois. D’après le même calcul, la sardine de rogue qu’on pêche habituellement aurait un an d’âge ; la sardine pondrait pour la première fois dans le cours de sa deuxième année, un peu avant d’atteindre toute sa taille ; enfin, la sardine adulte, la sardine de dérive, serait âgée de deux ans au moins.

A Paris, aussi bien qu’à Kiel, on a remarqué que l’abondance ou le manque de nourriture n’avaient qu’une influence assez faible sur la croissance du poisson. L’eau, mais surtout l’eau de la mer, est toujours chargée d’une infinité d’êtres invisibles et de particules organiques que les poissons absorbent en faisant passer cette eau dans leurs ouïes pour respirer. Aussi croit-on quelquefois qu’ils vivent sans nourriture, quand ils sont simplement réduits au minimum d’alimentation suffisant. Pour les poissons pélagiques, tels que le hareng ou la sardine, il n’y a jamais jeûne réel ; on ne les voit jamais efflanqués, étiques, portant la tête large sur leur corps amaigri, comme sont des truites enfermées dans l’eau vive d’une fontaine où on ne les nourrit pas. La différence d’alimentation ne saurait donc expliquer la taille si