Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/651

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difficulté plus grave encore, c’est la position isolée de Bakou, séparé par des grands espaces des marchés de l’Europe. Or, ces deux difficultés sont à la veille d’être écartées ou du moins considérablement atténuées : les frères Nobel, qui ont déjà rendu tant de services à Bakou, sont parvenus à effectuer le transport du naphte dans des bateaux à vapeur construits de manière à pouvoir contenir, sans l’aide de tonneaux, des quantités considérables de pétrole, et destinés à conduire celui-ci, par les grands fleuves de la Russie d’Europe, dans l’intérieur de l’empire. M. Marvin représente sur une carte le vaste réseau de dépôts de pétrole effectués de cette manière sur de nombreux points de la Russie, depuis Astrakhan jusqu’à Saint-Pétersbourg.

De plus, depuis l’établissement du chemin de fer entre Bakou et Batoum, les produits de la Caspienne ont deux voies maritimes pour se répandre en Europe, savoir : Constantinople et Saint-Pétersbourg, ainsi que plusieurs villes des provinces baltiques. M. Marvin attache une telle importance à la création de la ligne Bakou-Batoum, qu’il croit que le jour n’est plus loin où le kérosène (huile d’éclairage) de Bakou fera une rude concurrence aux États-Unis et finira par se substituer sur les marchés de l’Europe au kérosène américain, celui de Bakou étant de qualité supérieure et pouvant être fourni à meilleur marché.

Le savant anglais s’étonne que, tandis que l’œuvre si brillante inaugurée par les frères Nobel leur a déjà valu le concours de beaucoup de capitalistes de l’Europe, où les hommes d’affaires, ainsi que les savans, ont les yeux fixés sur la Caspienne, l’Angleterre soit le seul pays qui ne participe point à ces entreprises : « C’est, dit-il, un fait assez curieux, quand on considère que ce sont précisément les Anglais qui furent les premiers explorateurs de la Caspienne, et cherchèrent, pendant bien des années, sous les règnes d’Elisabeth et de George II, à établir une communication avec les Indes par l’entremise de ce bassin. Si nous ne prenons pas part au transport du pétrole par Batoum, d’autres nations se chargeront de cette tâche. En un mot, c’est à nous à décider la question de savoir si l’opération lucrative du transport du pétrole de Bakou, via Batoum, doit être placée entre nos mains ou bien passer à celles de nations rivales. »


IV

En étudiant les dépôts de naphte de la Russie, nous ne nous sommes occupés que de la presqu’île d’Apcheron, comme étant le centre de production le plus important ; cependant nous ne pouvons