Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/669

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conférence de voir le gouvernement de Sa Majesté engager des négociations avec la cour de Pékin sur des bases analogues à celles qui ont été récemment acceptées par la diplomatie chinoise pour la conclusion d’un traité avec les États-Unis. Les deux principales dispositions du bill uniforme adopté par la conférence sont les suivantes : 1°' restreindre à 1 par 500 tonnes la proportion des Chinois admis en Australie ; 2° abolir la taxe par tête.

Le gouvernement de Londres, prévoyant les difficultés que les mesures prises par les colonies pourraient apporter à ses négociations avec la Chine, invite les gouvernemens coloniaux à modérer leur ardeur législative. Les diverses colonies paraissent s’être inclinées ; seul, le gouvernement de Sydney, sir Henry Parkes en tête, continue de réclamer une solution radicale et immédiate. Mais l’opinion semble s’être calmée dans la Nouvelle-Galles, et la chambre haute se sent soutenue dans sa résistance aux exigences antichinoises du Premier. La chambre haute fait observer qu’il y a en dehors de la colonie au moins 400 Chinois y ayant résidé déjà, qu’ils sont partis, munis d’exemption certificates, ayant donc l’intention arrêtée de revenir ; or la proportion entre le nombre de Chinois admis et le tonnage du navire, telle qu’elle est établie dans le nouveau bill, est si défavorable, qu’elle interdirait le retour à ces hommes qui ont des intérêts dans la colonie et sont en somme d’honnêtes travailleurs. Finalement, sir Henry Parkes a dû céder devant ces représentations, et, pour sauver son bill, accepter les amendemens proposés par la chambre haute. L’affaire en est là.

Vu de loin, suivi d’Europe au jour le jour à travers les télégrammes laconiques des journaux, le problème semble se poser simplement, brutalement : une race européenne a colonisé dans l’hémisphère antarctique un immense continent ; son œuvre est menacée d’être inondée, dévastée par un courant parti d’Asie, formé d’êtres humains d’une autre race, patiens, acides. Le premier occupant défend son bien comme il peut, sans se soucier des considérations étrangères à ce qu’il juge être son droit, droit triple de vivre, de posséder et de dominer. — C’est là l’idée courante, vague, mais assez fortement enracinée. Un examen attentif des termes du problème la dissipera, pour faire place à une notion plus exacte des forces, des intérêts, des droits en présence.

C’est d’abord l’aspect économique et social de la question qui frappe. — Pour justifier les mesures de proscription prises subitement, toute affaire cessante, en séance de nuit, comme en face d’un danger national, par la chambre législative de la Nouvelle-Galles, invoque-t-on le nombre croissant des immigrans jaunes, leur chiffre chaque jour plus élevé à l’étiage de la population, comme d’un fleuve qui se gonfle et menace de tout submerger ?