Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/944

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Paris, et tant d’autres dont l’énumération serait interminable. Si le Paris de M. Vitu n’a peut-être pas la même importance, il a son intérêt, et sans rien dire de l’illustration, il a, lui aussi, sa valeur. M. Vitu sait beaucoup de choses et il connaît son Paris à fond. L’histoire des rues, surtout, lui est familière ; et si l’on doit dire de quelqu’un qu’il ne saurait voir une maison de Paris sans la « reconnaître, » comme on fait un visage humain, ou poser le pied sur un pavé de la grande ville sans en faire lever les souvenirs en foule, ce n’est de personne, sans doute, — ou bien c’est de M. Vitu.

Quant à ceux qu’effraieraient peut-être le poids et le format du Paris de M. Vitu, nous leur recommandons le volume que M. Alexis Martin publie sous le même titre chez l’éditeur Hennuyer : Paris, promenades dans les vingt arrondissemens, avec 44 gravures hors texte et 21 plans coloriés. L’aspect en est moins luxueux ; l’impression en est un peu compacte ; et, sans en être absens, les souvenirs historiques y tiennent moins de place peut-être. Mais la lecture n’en est pas déplaisante, et plus d’un Parisien y apprendra sans doute plus d’une chose qu’il ignore, comme il y trouvera plus d’un renseignement utile et précis. C’est plus et mieux qu’un « guide ; » mais c’est un « guide » aussi ; et en le disant nous ne croyons pas déplaire à l’auteur ni à l’éditeur, mais répondre au contraire à ce qu’ils voudraient qu’on pensât de leur livre.

Si l’histoire des rues est familière à M. Vitu, c’en est la physionomie journalière que peu de caricaturistes ou d’artistes ont connue, saisie, et rendue comme J.-F. Raffaëlli, dans ses Types de Paris, publiés par la maison Plon. Vous rappelez-vous, peut-être, un roman de M. Huysmans, dont le héros employait une part de son temps à observer sa rue de sa fenêtre, pour essayer d’en dégager ce qu’il en appelait le « caractère ? » On pourrait comparer le dessein de M. Raffaëlli à celui de M. Huysmans. Seulement, c’est ici la différence de l’art d’écrire et de l’art de peindre ; et ce que le romancier ne parvenait à exprimer que lentement, péniblement, et imparfaitement, quatre coups de crayon suffisent à M. Raffaëlli pour nous en procurer la vivante impression. On pourra d’ailleurs n’aimer point les « types » qu’il a choisis ; on pourra surtout dire, si la collection en doit demeurer là, qu’il y en a d’autres à Paris que celui du Bohème en villégiature ou des Habitués de café, comme aussi d’autres ouvriers que les Forgerons ou les Terrassiers ; on pourra reprocher enfin à M. Raffaëlli de confondre souvent « le caractère » avec la caricature, qui en est l’exagération ; on ne niera ni le talent du peintre, ni celui des collaborateurs dont le texte sert de commentaire ou d’encadrement à ses dessins. Qui le croira ? Nous avons trouvé dans les Types de Paris jusqu’à des vers presque intelligibles de M. Stéphane Mallarmé ;