Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/289

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


LE
SENS ET LA PORTÉE DU PARI
DE PASCAL

L’étude qu’on va lire est le complément nécessaire de notre précédente étude sur le pyrrhonisme, le dogmatisme et la foi dans Pascal, où nous avons rappelé seulement, sans le discuter, son fameux pari touchant l’existence de Dieu. Considérer celle-ci comme aléatoire peut, au premier abord, sembler de sa part une concession au pyrrhonisme, une excessive défiance de la raison. Il nous importe donc d’analyser avec soin cet important fragment du recueil des Pensées, afin d’en dégager la vraie signification au point de vue de la certitude. Nous indiquerons ensuite l’application dont nous paraît susceptible l’idée fondamentale du pari de Pascal à l’état actuel des connaissances humaines.


I.

L’esprit humain ne perçoit, par la double observation interne et externe, qu’une part minime de la totalité des choses, du tout; il explique seulement une faible part de ce peu qu’il perçoit et il l’explique insuffisamment. Par exemple : dans la multitude innombrable des astres, il n’atteint encore que le système solaire assez distinctement pour en rendre intelligibles les mouvemens, et il n’éclaircit pas l’origine de la loi même qui les régit. A mesure que les sciences positives progressent, décroît la différence entre ce qu’il explique et ce qui lui reste à expliquer. C’est cette différence mystérieuse qui a fourni leur matière aux religions primitives ; aussi la région du divin