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REVUE MUSICALE

Ouverture du Théâtre-Lyrique (Eden-Théàtre) : Samson et Dalila, opéra en 3 actes, paroles de M. Ferdinand Lemairo, musique de M. Camille Saint-Saëns; la Jolie Fille de Perth, opéra comique en 4 actes, paroles de MM. de Saint-Georges et Adenis, musique de Georges Bizet.

Si, comme dit M. Ilomais, j’étais le gouvernement, savez-vous ce que je ferais? Je retirerais une centaine de mille francs à l’Opéra pour le punir. — De quoi? — Mais simplement de ne pas jouer certaines œuvres et d’en jouer d’autres. Et j’enverrais cette liasse de billets de banque, en témoignage d’estime artistique, à M. Verdhurt, qui vient d’inaugurer le Théâtre-Lyrique par Samson et Dalila. Cette salle, décidément, ne fait que de mauvais tours à celle d’à côté : après Lohengrin, Samson; une belle œuvre de plus chez le voisin; encore une soirée aussi honorable pour un théâtre privé qu’humiliante pour le premier, soi-disant, de nos théâtres officiels. Oui, c’est une vraie honte que, depuis quinze ans, l’Opéra n’ait pas daigné ajouter à son vieux répertoire une œuvre d’aussi grande allure, et que les directeurs de notre Académie (!) de musique laissent à leurs moins riches, mais plus artistes confrères de Nantes ou de Rouen le soin de nous révéler des Roi (TYs ou des Samson. Encore s’il s’agissait d’inconnus ! Mais un Saint-Saëns ! 11 y a deux ou trois ans, certaine symphonie en iit mineur a fait un bruit qui a dû venir aux oreilles mêmes de MM. Ritt et Gailhard. C’était peut-être le cas de rendre, par le théâtre et par le concert, le même honneur en même temps à deux œuvres égales, aux deux œuvres maîtresses d’un maître. Pas un musicien qui ne connaisse la partition, déjà ancienne, de M. Saint-Saëns, qui ne l’ait signalée et réclamée vingt fois. La direction n’a donc pas l’excuse de l’ignorance. — Les interprètes étaient faciles à trouver : M’"^ Richard, M. Jean de Reszké, M. Lassalle, M. Delmas, tous alors de la maison. Enfin, suprême avantage de cette musique, on peut la chanter pour rien : en costumes de laine, dans un