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pagne. Les partisans du tarif-bill ont été trompés dans tous leurs calculs, dans toutes leurs espérances ; ils ont été battus dans les élections du congrès comme dans les élections des législatures locales et des gouverneurs. Le vote du a novembre a été une véritable révolution d’opinion, un désastre complet pour les républicains. Leurs adversaires, les démocrates, n’ont pas seulement gardé leurs avantages dans le sud, ils ont étendu de toutes parts leurs conquêtes et obtenu d’immenses majorités dans le nord et l’ouest, dans les plus vieux états de l’Union, là même, ou le parti républicain semblait jusqu’ici le plus fortement retranché, là aussi où les influences industrielles et protectionnistes paraissaient prépondérantes. Les états de Massachusetts, de Rhode-Island, de New-Hampshire, de Connecticut, de Michigan, qui donnaient, il y a deux ans, une si forte majorité au président Ilarrisoit, passent en grande partie aux démocrates. Boston a élu un gouverneur démocrate ; un des plus grands états, un des plus puissans par l’industrie, la Pensjlvanie, a son gouverneur démocrate. Dans l’Ohio, M. Mac-Kinley, celui qui a donné son nom au tariff-bill, au nouvel évangile protectionniste, est resté sur le champ de bataille. Tout bien compté, les républicains sortent meurtris et singulièrement diminués de cette mélée électorale. Ils n’avaient déjà dans le dernier congrès qu’une tres faible majorité, dont ils ont abusé jusqu’au bout, à outrance ; dans lc nouveau congrès, qui est le cinquante-deuxième, depuis la fondation de l’Union, ce sont les démocrates qui reprennent l’avantage et vont avoir une majorité de près de 80 voix. C’est un déplacement complet, le signe d’une volte-face caractéristique dans les masses électorales.

Au fond, cette défaite des républicains d’Amérique n’a rien (l’extraordinaire. Elle est la suite des fautes d’un parti qui a été grand autrefois par la puissance morale et qui, depuis nombre d’années, est en train de se perdre par ses excès de domination. Elle a, sans doute, une cause immédiate dans la réaction soudaine, presque violente, suscitée jaar ce bill Mac-Kinley, imaginé comme un moyen de captation, comme un coup de tactique. Les républicains, revenus au pouvoir avec M. llarrison, ont cru se populariser en opposant un protectionnisme ellrénéù la politique de libéralisme commercial modéré du dernier président, M. Cleveland. Ils ont cru séduire et rallier à leur cause les intérêts égoïstes, en fermant a peu près au commerce étranger le marché américain. Ils n’ont pas vu que. s’ils donnaient satisfaction à certains interëts, aux puissans entrepreneurs d’affaires qui leur ont ouvert leur caisse dans les élections, ils froissaient d’autres intérêts plus nombreux, qu’un excès de protection devait avoir ses contre-coups dans toute la vie américaine. Ils ont soulevé contre eux les masses, Les grandes consommatrices, qui ont vu aussitôt tout renchérir, les fermiers, qui n’ont pas tardé à se ressentir des lois nouvelles dans leur industrie agricole. Ils ont provoqué, par un faux calcul, une opposition