Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/611

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De toutes les causes qui contribuent au ralentissement de la population, celle-ci, si elle n’est pas la cause primordiale, si elle n’est que le contre-coup d’autres causes, l’apologie d’un fait antérieur, est la plus redoutable ; elle accélère le mouvement, et bien qu’entrée plus tardivement en ligne, son influence se fait puissamment sentir. Plus qu’aucune autre elle atteint la France dans les sources mêmes de sa vitalité, érigeant des paradoxes littéraires en dogmes, puisant sa force dans l’égoïste complicité de ceux auxquels elle laisse le plaisir en les affranchissant des devoirs.

C’est affaire aux moralistes de les combattre, à l’expérience de confondre leurs doctrines, au temps d’en avoir raison. Ce qui est pour rassurer, c’est que la logique et le bon sens reprennent toujours leurs droits, c’est qu’on se lasse de tout, même d’entendre prédire sa fin prochaine et vanter les charmes de sa décadence ; c’est enfin que l’état d’esprit d’où procède cette religion nouvelle ne saurait durer. Il n’en est pas moins vrai qu’elle existe ; qu’elle nous vient de l’étranger, qu’elle n’a pas encore réalisé le maximum du mal qu’elle peut l’aire et qu’il faudra du temps pour combler les vides qu’elle creuse. En attendant, il importe de ne pas se décourager, de rechercher dans quelle mesure la France est atteinte, et quels facteurs peuvent compenser le ralentissement d’accroissement de la population.


II

L’histoire est là pour nous répondre, la science pour nous éclairer. La première nous dit que la France a traversé des épreuves plus redoutables grâce à sa merveilleuse unité, à « cette heureuse structure » qu’admirait Strabon et qui faisait dire à sir William Temple « qu’aucun royaume au monde n’était à ce point favorisé par la nature. » Elle est encore aujourd’hui, malgré ses épreuves récentes, ce qu’elle était alors. Elle a conservé les élémens constitutifs de sa puissance et de sa richesse ; ni ses vertus militaires, ni son patriotisme, ne sont affaiblis. Si une guerre malheureuse, en lui enlevant deux provinces, lui a montré le danger de s’abandonner, elle s’est ressaisie, elle a payé sa rançon, réédifié son gouvernement effondré, réorganisé son armée détruite, relevé ses finances, rétabli son crédit et s’est courageusement remise à l’œuvre. Tout cela s’est fait en vingt années, malgré les luttes politiques et les fautes commises, par la seule force vitale du pays, par le travail, l’ordre et l’économie d’un peuple laborieux qui n’a douté ni de l’avenir ni de lui-même.

Certes, les prophètes de malheur ne lui ont pas manqué. On ne